liste des disques
Casey
Tragédie d'une trajectoire
Anfalsh, 2007

 Casey - Tragédie d'une trajectoire

01. tragédie d’une trajectoire
02. pas à vendre
03. qui sont-ils ?
04. chez moi
05. une lame dans ma veste
06. suis ma plume
07. mourir con
08. ma haine
09. banlieue nord
10. on ne présente plus la famille
11. je lutte
12. quand les banlieusards sortent

  

Balafrée et creusée par des plaies mal cicatrisées, Casey expose un visage à l’image de ses mots. Ennemi de l’ordre, son précédent disque, assénait avec force, sous le vocable d’un « je », les souffrances et colères d’un « nous » opprimé, dominé. L’identité collective laisse place sur ce plus long format à l’expression d’une identité personnelle, plurielle, dont les lignes de force et de construction se dessinent au fil des titres.


Tout ce que j’énumère n’a aucun humour, est noir et amer
Froid et sans amour, fade et sans saveurs, et a dans son sommaire
Un lexique et une grammaire pour cracher sur leurs mères

... et il y a peu de chances que ça se tasse avec la vieillesse



Un premier morceau, où chaque mot est un coup de couteau, trace cette trajectoire, par un récit autobiographique fragmentaire, décousu, et violent, donnant à voir par flashs des moments de l’enfance, fondateurs et obsédants (« tout ça n’a pas de sens, mais tout ça laisse des traces, et je ne dis rien à ma mère le soir, quand elle m’embrasse »).

Puis les différents pôles de l’identité de Casey s’exposent. Il y a les racines : un magnifique Chez moi, hommage à l’île d’origine, sa culture et son histoire nécessairement souffrantes. Il y a ce qui a fait et continue de façonner Casey : la Banlieue Nord et le rap, la fierté populaire mêlée à l’orgueil de l’autodidacte (« ma plume, c’est mon diplôme »). Et il y a ce que Casey veut détruire, ce qui la construit dans l’adversité : les ennemis, dans la société française ou dans le milieu rap (ces derniers subissant un brin d’acharnement), ou cette si féconde histoire d’amour avec la haine (« notre rencontre, si j’en crois ma montre, était à l’heure pile où je voulais régler mes comptes... »).

Une haine qui prend la forme d’une bombe finissant de s’amorcer lors de la prophétie d’explosion qui conclue le disque, Quand les banlieusards sortent – un Qu’est-ce qu’on attend ? version guerre civile. C’est ici que la tragédie individuelle dessinée par le premier morceau et la tragédie collective tracée par Ennemi de l’ordre se confondent et deviennent tragédie politique et sociale.

Ils suent, ils tremblent, ils courent à toutes jambes
Ils prient même le ciel quand on se rassemble...



Si Casey est, tels les plus grands artistes, tant un reflet du présent qu’une anticipatrice, ne reste alors qu’à compter les jours.

PJ
22.04.2008


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