liste des disques
Psykick Lyrikah
Vu d'ici
Idwet, 2008

 Psykick Lyrikah - Vu d'ici

01. nulle part
02. vu d’ici
03. un point dans la foule (avec dominique a)
04. le premier soir
05. de plein fouet
06. anonyme
07. ne regarde pas
08. comptez les heures (avec iris)
09. le chant d’une nuit
10. toutes lumières éteintes
11. une étoile
12. l’éclair
13. l’aube, enfin

  

Je suis nulle part, devant des phrases et des falaises


Nulle part. C’est le point de départ d’un disque qui s’affirme pourtant d’ici. En ouverture, cinq minutes de notes douces et lyriques plantent le décor trompeur du second album de Psykick Lyrikah.

Cette question du lieu, déjà effleurée dans Des lumières sous la pluie, est creusée sous toutes les formes maîtrisées par Arm, qui compose désormais la musique enveloppant et portant ses mots. A ces lieux incertains – l’ici, l’ailleurs, le nulle part – correspond un temps flou fait d’une présence-absence et d’allers-retours entre le présent, le futur, et l’hors du temps.

D’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, le passage est souvent violent : c’est ainsi qu’une bonne partie des compositions d’Arm jouent sur des montées en puissance de guitares comme détonateurs, brisant les mélodies lorsque ses mots se taisent pour mieux faire exploser la colère, l’attente, les flammes. Des explosions qui balisent la course, la fuite, la chute ou le plongeon au-delà des heures, « de l’autre côté ».


Présence-absence. Depuis ses premiers textes, Arm dit combien le présent est fait d’absences, de « manques », de « seuils », de « vides », de « creux ». Et c’est dans ces « grands vides » qu’il « puise », pour les exprimer avec l’opacité qui leur va si bien. Une manière de se rendre présent bien qu’« à l’écart », par la musique et les mots, quand bien même on peine à coller à l’époque qui nous a engendrés, au point qu’on voudrait la fuir et/ou la détruire.


Juste feinter les ordres, et filer les bornes

La fuite « toutes lumières éteintes », en forme d’absence non plus subie mais voulue, semble trouver son aboutissement dans Une étoile – sans doute le premier morceau apaisé et hors tensions composé par Arm. On a l’impression d’y entendre et d’y sentir cet ailleurs, ce « là-bas » lunaire et fragile, atteint après tant de patience et une longue litanie de mots déliés en apesanteur, où « [gravitent] les ruines » d’un monde autrefois habité surtout pour le peindre…


Mais pour le reste, chaque phrase est traversée par l’éclair, la foudre, le feu, les braises. C’est que le monde vu d’ici sera plus beau en flammes. Le feu – comme menace, comme souhait, comme fatalité – fait des textes d’Arm des prophéties de destruction.


Si la lumière me trouve ici, j’aurai cette flamme devant l’altesse.

A ce jour, c’est sans doute Ne regarde pas, petit bijou guitares-voix, qui synthétise le mieux et marque un jalon dans l’œuvre de Psykick Lyrikah. Tout est là, dans ce texte obscur et profond : la création, son origine et ses espoirs – peut-être tous vains ; la destruction, par l’œil et le feu, face aux injonctions à l’aveuglement et au calme…

On ne tombera pas.


Malgré ce qu’il affirme de sa voix lasse dans L’éclair, Arm ne fait pas qu’attendre « hors du temps ». Il crée, ici et maintenant. Il embellit ce qu’il rend encore plus destructible. Et dans ce chemin sinueux et parfois sans espoir, rien n’est vain. Tout arrive. Surtout le pire.


Dans l’attente, juste serrer les dents.

PJ
24.10.2008


DONNEZ VOTRE AVIS
» Réagir et lire les réactions à cet article




© Acontresens 2002-2017