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Farid Farid, comment t'est venue l'idée d'un projet In Vivo ?

Farid : Au début du projet j'ai eu cette illumination d'aller m'acheter un 8 pistes, ce que je n'avais jamais fait dans ma vie de musicien, et commencer à faire mes morceaux. A l'époque on était chez Universal, la fameuse grosse boîte à vendre du disque, j'avais un peu de thune pour travailler et faire un projet, un studio pendant deux jours à nous. J'ai invité Denis, Djamal, D', Boss Raw, Antagony, vraiment tout le possee des rappeurs de Bobigny, et on s'est lâché pendant deux jours et c'était bien.
Densio : Y'a du sitar, des rythmiques hip-hop et ça freestyle grave.
Farid : C'était super. En fin de compte, j'ai amené les premières maquettes, j'ai mis le truc en route, et après Denis et Djamal sont rentrés entièrement dans l'histoire et on a fait In Vivo ensemble.


Et est-ce que ce qu'est In Vivo aujourd'hui correspond à ta vision initiale ? Tu le voyais comme ça ?

Farid : Je le vois pas encore comme ça. Justement en ce moment on fait des maquettes, on cherche. Il y a un truc qui est bien, un peu comme la photo de cet album, c'est trois mecs de trois horizons complètement différents, et on essaie de trouver ça, de marier plein de styles sans que ça fasse fusion, sans que ça fasse collé. Quand Djamal part vraiment dans un flow hip-hop, même si moi je pars dans de la disto et Denis dans du sitar, on va essayer de trouver une ambiance. Et je crois qu'on n'a pas encore trouvé… Mais c'est pas mal, on est bien parti. C'est pas encore le meilleur d'In Vivo. Sur scène déjà on a un peu relevé le niveau.
Densio : De toute façon moi je fais de la musique, de la recherche, j'ai envie de progresser, chaque semaine. Pour ça il y a la discipline du sitar qui est là, qui me dit de progresser sinon ça sert à rien. Et il y a aussi tout ce qu'on peut rencontrer musicalement dans d'autres horizons. Mais cette idée de progrès elle n'est pas du tout relayée : aujourd'hui c'est plutôt le nivellement par le bas. Je parle en matière de musique, mais malheureusement pas seulement. Il faut faire du déjà entendu. Quand tu veux essayer de faire quelque chose de nouveau, de faire progresser le style, c'est pas une très très bonne carte. Nous on a toujours aimé les précurseurs. Par exemple l'autre jour on est retombé sur le premier album de Korn, pour parler du neo-metal, et aujourd'hui quand on entend toute cette vague du neo-metal on est content qu'un truc comme ça passe à la radio, mais on se demande où est le progrès. Les gens sont flattés d'entendre un truc qu'ils reconnaissent. Et nous on essaie d'aller plus loin, et c'est pour ça qu'on cherche, on cherche.
Farid : Pour reparler du passé vite fait, avec Lofo des fois en répèt on composait un riff et on se disait qu'avec on pouvait aguicher tout le monde. Un truc trop évident, où tu fais jumper tout le monde. Mais on se disait ben non, ça ça a cinq ans, alors on jetait à la poubelle et on essayait d'aller plus loin. Mais en un sens comme dit Denis c'est un truc qui est très dangereux à notre époque, parce qu'après il faut que tu assumes d'en chier aussi dans ta vie de musicien. Plus tu es stéréotypé, plus tu vas vendre, plus tu vas être dans un confort… Plus tu vas être dans la recherche, moins tu vas vendre. Donc c'est dur à vivre.
Densio : Je voulais finir sur un truc, c'est un peu un syndrome de notre époque, c'est qu'on efface la mémoire. Maintenant un événement est très court, et en plus on ne sait pas ce qui s'est passé avant, quels sont les influences etc. Que ce soit en musique ou autre chose, l'info arrive, boum, et il n'y a plus de passé. Il n'y a plus d'histoire du cinéma, plus d'histoire de la musique. C'est produit, instant, business, thunes, et voilà. C'est pas basé sur des choses enracinées. Bien sûr il y a des gens qui savent, que ce soit dans l'information, dans le cinéma, dans l'art. Mais le problème quand on dit que ça ne progresse pas, c'est parce qu'aussi on oublie ce qui s'est passé il y a juste dix ans. Et au contraire on a envie de le ré-entendre tellement on l'a oublié, on a l'impression que c'est nouveau.

Farid et Densio

Cette nécessaire liberté de recherche, vous pensez l'avoir sur votre label, St George (Sony Music) ?

Farid : Je ne sais pas comment ça va se passer à l'avenir, mais en tout cas ce qui s'est passé pendant ces un an et demi - deux ans, où les mecs kiffent les maquettes, veulent vraiment signer un contrat avec toi, où on demande de faire notre album tout seul dans une baraque sans producteur, et le mec dit ok, on a signé. Après comme t'es dans une major, il y a une certaine façon de travailler ton produit, si on peut appeler ça un produit, en tout cas ta communication de produit, et c'est plus là que le travail est à faire entre nous et eux, même si ça se passe bien. En tout cas on dialogue, on se crache pas à la gueule. Mais dans la musique, artistiquement, on est libre.
Densio : On est libre dans la contrainte qu'on s'est fixé avec In Vivo, qui est juste de faire des chansons. Parce que musicalement In Vivo ça n'a rien de compliqué, c'est des chansons simples. Nous on a été démarcher ces gros là parce qu'on savait qu'on faisait juste des chansons.
Farid : En tout cas pour faire ce qu'on a à faire dans In Vivo on est vraiment très bien tombé. On n'a pas un contrat à 10 millions, on a ce qu'on appelle le petit contrat de maison de disques, ce qui fait qu'il y a une marche de respect entre eux et nous. Ils m'avaient vu sur scène avec Lofo, ils savent très bien qu'ils ont affaire à des musiciens, et on a vu tout de suite dans leurs yeux qu'ils avaient capté.



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