Densio : Il y a trois choses. Un, on est parti seuls dans une maison, avec un producteur de sons,
Jean-Paul, et on l'a fait parce qu'on était sûr de nous. Moi avant de vendre des guitares j'ai travaillé
dans les studios, je voulais faire ingé son donc j'étais assistant en studio pendant longtemps, donc
techniquement je sais ce qui se passe, je sais placer un micro etc... Farid : Denis c'est
monsieur technique d'In Vivo. Densio : Ouais donc ça c'est la première chose. La seconde
c'est qu'on voulait vraiment se retrouver, créer quelque chose ensemble. Et troisièmement la méthode de
travail était instantanée, tout le monde était chargé de plein de choses, et on tournait, y'avait des
plates-formes de travail. On avait une unité centrale et après les mecs prenaient leur 8 pistes. Djamal
prenait l'instru pas finie sur un 8 pistes, il partait s'enfermer dans une chambre, il posait des trucs
tout seul et on lui disait ce qui allait et ce qui n'allait pas. Donc c'était un peu les trois 8. Farid : Moi franchement c'est le plus gros trip de ma vie en enregistrement, j'avais toujours fait
des albums dans des studios ou t'arrives à telle heure, tu repars à telle autre, etc. Là tu te réveilles
dans la baraque, etc... On a pu parler des textes. Tu peux vraiment parler des morceaux. Un truc à
refaire.
In Vivo au complet sur Kidiz le 12 juillet 2002 à Montmartin-sur-Mer
Est-ce que vous interveniez directement dans l'écriture des textes de Djamal ? Quelle importance
donnez-vous personnellement aux textes ?
Farid : Déjà il y a le bonhomme, Djamal, qui sait écrire ses textes tout seul comme un grand. Moi
je donnais des thèmes à Djamal. Denis aussi a travaillé avec lui à Paris pendant que je terminais ma
tournée avec Lofofora, ils parlaient des choses à faire. Dans mes réflexions à Djamal je lui disais
d'essayer de faire des textes où on ne juge pas, où il faut grandir et arrêter de s'en prendre à tout le
monde : bouge toi le cul déjà
toi-même... les textes étaient axés sur ce genre de thèmes. Ce qui est bien avec Djamal c'est qu'il écrit vite, et
des fois on faisait des remarques, il disait "ok d'accord", il revenait cinq minutes après avec un autre
truc. Il a vraiment une facilité à écrire, donc c'est agréable pour engager une conversation.
Densio : Avec Djamal on parle surtout des humeurs... philosophie, concepts à la con, calembours de
bon aloi... On aime parler un petit peu de tout. Après ce qui en découle dans les textes, c'est vrai
qu'il est impressionnant, quand tu vois la vitesse et la qualité de ce qu'il écrit. Maintenant dans
l'écriture de Djamal je pense qu'il y a un grand pas à venir, je ne sais pas quand il arrivera, mais
c'est de se dévoiler un peu plus, dévoiler un peu plus ses sentiments au lieu de parler des sentiments
des autres. Farid : Ca c'est l'âge aussi. Densio : Ouais. Mais déjà avec ce qu'il
écrit il touche les gens, sans parler vraiment des sentiments, c'est des trucs assez abstraits et tout,
alors le jour où il parlera vraiment de lui-même, attention ça va faire mal. Et pour en revenir au sens
de la question sur les textes, les critiques musicales ont une tendance à considérer la richesse des
textes comme quelque chose de frime, de préchi-précha, et ça c'est flagrant, d'autant plus quand les
textes, au lieu de parler de sentiments simples, vont triturer là où ça fait mal. Et pas forcément
politiquement. Quand on te dit "on ne lutte pas contre un système mais contre l'Homme lui-même", t'as
pas envie de l'entendre. Et c'est vrai que Bertrand de Noir Désir il n'écrit pas que des choses très
sympathiques, ça ne flatte pas dans l'égo. Les bons textes ne flattent pas. Et les critiques musicales
elles n'ont pas le temps d'écrire d'où vient la musique, et pas le temps non plus de décrire ce qu'il y
a dans les textes. Farid : Au bout d'un certain moment dans la musique, quand t'as un peu
bourlingué, tu vois si tu fais de la musique pour plaire, pour un problème psychologique à deux francs
cinquante, parce que t'as jamais été flatté dans ta vie, ou alors si tu continues dans ce sens de
musicalité, si tu aimes avant tout la musique… C'est des écoles différentes. Ce qu'on fait là on le fait
souvent entre nous, et c'est comme ça qu'on parle des textes : on parle de texte en général, Djamal
sonde ce qu'on pense, et il écrit les textes en mariant nos façons de penser à nous trois. Je sais que
sur un morceau comme Khol, à un moment il parle de moi, et ça prouve bien qu'il a écouté les
conversations qu'on avait eu. Densio : C'est dans l'essence d'In Vivo avec un Djamal. Moi si
je fais du rock'n'roll je m'en fous des textes, à la limite plus c'est drôle, plus c'est débile, plus je
suis content, et c'est bien, c'est hors-contexte. Mais In Vivo a été conçu autour d'une certaine
philosophie, donc en fonction des textes. Et aussi quand on parle du deuxième album on se dit que la
voix doit être encore plus mise en avant. Farid : On aime le texte. Par exemple j'ai fait des
reprises de Bashung, de Gainsbourg, de Brel... Même si le texte il a quinze ans ou vingt ans, s'il est
béton... Le texte reste gravé. Et franchement j'ai pas envie de jouer avec un mec qui dit des conneries.
Densio : Tu serais mort de rire, du genre avec les Svinkels (rires). Farid
: Ouais voilà, ou bien on joue dans le comique, et on s'éclate de rire, ou alors si on parle d'un truc
on en parle vraiment.