Comment est-ce que tu as réagi après les élections présidentielles ?
Reuno : Moi j'ai été contacté au lendemain des élections pour la compil qui a été faite par Monsieur R
("Sachons dire non", ndlr), et j'ai pas été hyper séduit par l'histoire. J'ai beaucoup réfléchi, j'en ai parlé avec ma copine...
Parce que franchement faire le mec qui se réveille entre les deux tours moi ça me saôule un petit peu.
Et puis y'avait un côté planning qui était très emmerdant pour moi, donc je l'ai pas fait, et j'ai pas
trop regretté. Parce que se réveiller entre les deux tours quand ça sert plus à rien... Moi sur le
premier 5 titres de Lofo, j'avais écrit le morceau "No facho" qu'on a ensuite réenregistré pour le
premier album, voilà quoi... Et un jour à la fin d'un concert à Evreux je me fais brancher par Dominique
A qui me dit "c'est bien sympa ce que vous faîtes comme musique mais vos histoires de no facho et tout
ça faut arrêter, vous nous emmerdez avec ça" ; donc lui je l'emmerde (rires). Et donc moi j'aime pas le
côté opportuniste genre y'a un filon à prendre. Avant qu'on m'appelle pour cette histoire là j'avais
commencé à écrire, parce que c'était une façon de passer mes nerfs, et ce texte ça a donné un premier
couplet pour un titre qui s'appelle "Alarme citoyen", et Phil me dit "tu voudrais pas réécrire la
Marseillaise ?". Donc les deux autres couplets c'est une déformation de la Marseillaise, c'était assez
marrant comme exercice de style, en gardant les rimes et les sonorités du texte original, et en en
changeant pas mal le sens évidemment.
Reuno et Phil (bassiste) pendant l'interview
Quel est ton point de vue sur la scène rock-métal française ?
Reuno : Je trouve que la scène métal n'est pas très rock. Ca part en couille comme ça part en couille aux
Etats-Unis. Moi des groupes comme Limp Bizkit, Limkin Park, et toute cette variét, parce que tu peux
très bien faire de la variét avec du gros son, et c'est ce de quoi nous abreuvent les Américains depuis
quelques années, et c'est ce que sont en train de reproduire les Français en ce moment. Et franchement
ça me fait chier. Nous on a fait le double album avec des reprises de Bashung, d'Arno, de Brassens, et
quand on me demandait pourquoi ces reprises, je disais tout simplement que je trouvais beaucoup plus
rock aujourd'hui un mec comme Bashung ou comme Arno que certains groupes à dreadlocks qu'on nous vend
comme étant le hype de la rebellion you know ? (pur accent anglais, ndlr) Putain j'ai fait mon Jean-Claude Van Damme !
(rires) Le rock au départ c'est une musique rebelle, enfin je veux dire les jeunes blancs middle-class
dans les années 50 qui revendiquaient le droit de se mettre autant de gominna qu'ils voulaient dans les
cheveux et de pouvoir baiser leur copine sur la banquette arrière de la bagnole de leurs parents - parce
que c'était ça leurs revendications à l'époque : une liberté d'expression et une liberté sexuelle ; et
j'ai l'impression qu'aujourd'hui il se raconte vraiment plus grand chose dans plein de groupes de la
scène française. Je me pose des questions quand j'entends certains trucs : pourquoi est-ce qu'ils font
pas franchement de la variété ? Puisqu'ils ont l'air d'avoir envie de faire du pognon, autant qu'ils y
aillent franchement. Un coup quand on était chez Virgin y'a un directeur artistique qui me dit "Reuno tu
voudrais pas gagner plus de ronds, faire un duo avec untel ou untel ?" ; le mec je l'ai regardé et je
lui ai dit "tu me prends vraiment pour un couillon, tu crois vraiment que si je voulais faire de la
thune avec la musique c'est ça que j'aurai choisi comme créneau ?". Mon but essentiel c'est de kiffer
avec mes potes et de faire kiffer les gens, avec un truc vrai dans un monde mou et tiède.
En particulier, qu'est-ce que tu penses de ce que fait Mass Hysteria aujourd'hui ?
Reuno : Moi j'écoute pas Mass Hysteria. C'est des gens de qui on a été proches, on leur a fait faire
leur première tournée en première partie de Lofo, et qui ont apparemment une démarche toute autre que la
nôtre, mais après tout c'est leur histoire, je ne juge pas, c'est juste que je ne comprends pas (éclat
de rire). Je ne comprends pas certains de leurs choix artistiques ou entre guillemets professionnels
dans la façon dont ils ont mené le groupe. Moi j'irai pas chanter avec Indochine à la télé, et je ne
serai pas managé par le manager de Patricia Kass, comme Pleymo d'ailleurs. Pour le coup, je trouve ça
vraiment pas rock'n'roll du tout. Je m'étais dit que si je m'étais enfermé dans un local c'était parce
que ça me cassait vraiment les couilles qu'il y ait des gens avec aussi peu de talent que Patricia Kass
qui passent en boucle à la radio, pour aller à l'encontre du système variét. Donc si c'est pour quelques
années après se faire racheter par ces gens-là j'aurais vraiment très mal au cul (rires). Mais bon après
tout chacun utilise la crème qu'il veut (rires). A part ça j'ai pas envie de me fâcher avec eux, je
parle franchement, je vais pas faire un petit air de violon pour faire style j'ai envie de garder mes
potes. Tant pis. Ca m'empêche pas de les voir et de parler avec eux, mais je parle pas de musique avec
eux. Ou alors des disques qu'on a achétés y'a pas longtemps, mais pas de ce qu'on fait (rires).