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Fortress Europe Fortress Europe est un titre brûlant car très actuel, et dernièrement, autour des débats sur l'immigration en Europe, et après la décision des gouvernements anglais et français de fermer le centre de Sangatte, le ministre anglais Blankett a déclaré que le monde devait maintenant réaliser que la Grande-Bretagne n'est plus un paradis pour réfugiés. Mais en était-ce vraiment un ?

Aktarvata : Pour vous dire la vérité, je ne peux pas vraiment répondre à cela car je n'ai pas été dans la position d'un réfugié en Grande-Bretagne. Ce que je peux vous dire, c'est que mes parents sont venus du Bengladesh et il y en a énormément comme eux qui ont fait la route entre le Bengladesh et Londres. Ils savaient que l'argent est tout, et que c'est en venant à Londres et en travaillant qu'ils pourraient faire de l'argent, plus en un mois qu'en un an là-bas, et qu'ils pourraient l'envoyer au pays. Je ne dirais pas que c'est le paradis puisque ces personnes n'avaient strictement rien ; avec leur travail ils ne gagnaient pratiquement rien alors qu'ils devaient s'occuper de familles nombreuses. Ils sont venus ici parce qu'ils étaient vraiment dans une très mauvaise situation, et pas pour vivre dans l'opulence ou le confort moderne… c'était la seule issue, ils ne seraient pas venus s'il n'y avait pas un véritable problème dans leur pays. Donc non, ce n'était pas le paradis, et ça ne l'est toujours pas.


Es-tu toujours en contact avec la culture bengali ?

Aktarvata : Ma langue maternelle est le bengali. Mes parents aiment vraiment leur culture d'origine, donc ils me l'ont transmise en même temps que je grandissais au Royaume-Uni. Ma culture est donc mélangée. Ce n'est pas la même que celle de mes parents, qui n'est elle-même pas exactement celle du Bengladesh. C'est une culture différente. Un peu de Bengali, un peu d'English… ma culture est Benglish. Nous avons toujours des contacts avec notre culture d'origine, je n'oublie pas mes racines. Pourquoi mes parents sont-ils venus à Londres ? Parce qu'ils voulaient nous donner un meilleur futur. Quand ils sont arrivés dans les années 50 ou 60 il y avait énormément de racisme, ils nous racontent des histoires incroyables. Mais le racisme existe partout, dans tous les endroits du monde, je l'ai vu, j'ai tellement voyagé avec Asian Dub… d'ailleurs au Bengladesh les gens sont aussi racistes. Partout, les étrangers sont méprisés, maltraités, etc. Pour vous raconter une anecdote, nous étions en Finlande avec ADF, nous cherchions un taxi dans la nuit pour nous ramener à l'hôtel. Nous avons attendu deux heures et aucun ne s'est arrêté, il en est pourtant passé une dizaine. Y'en a un qui s'est arrêté, qui a baissé sa vitre, et qui nous a tendu son doigt en disant "Fuck you !". Alors on a marché trois quarts d'heure pour rentrer à l'hôtel. (rires)


Aktarvata

Tu es musulman ?

Aktarvata : Oui je suis musulman et aujourd'hui c'est la fin du jeûne, on le célèbre, c'est mortel ! (mort de rire, un verre dans une main, un pétard dans l'autre)


Il y a beaucoup de débats en France ces temps-ci et ça doit sûrement être le cas aussi chez vous, concernant la conciliation entre Islam et monde occidental...

Aktarvata : Chacun devrait laisser l'autre seul avec sa religion. Je respecte ta religion et tu respectes la mienne ok ? Et si tu crois pas en Dieu, parfait ! Tous ces trucs sur le terrorisme... La façon dont les gens qui ne connaissent rien à la religion reçoivent ce genre d'informations donne lieu à des réactions et à des idées dangereuses : tu entendras ici ou là que l'Islam est mauvais, que c'est une machine à tuer. Mais il y a énormément de musulmans dans notre pays, et dans le monde ! Si nous étions tous des terroristes... Laisse moi tranquille. Je suis musulman, c'est ma croyance, et ça veut pas dire que je suis borné ou je ne sais quoi, ou que je soutiens Oussama Ben Laden, ou que je hais l'Amérique. Je suis comme tout le monde, un homme tout simplement.



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