Auteur-compositeur au sein du groupe métal fusion angevin Carc[H]arias, Kwal rappe désormais
en solo et est auteur d'un excellent premier album, "Règlement de contes", disque conceptuel tout au long
duquel il s'attaque aux contes et histoires pour enfants. Sur scène, il s'entoure d'un groupe et
interprète ses titres dans une sorte de concert-spectacle mêlant musique, théâtre et danse. Quelques
jours avant de partir au Mali jouer son spectacle, Kwal, de passage à Rennes pendant les
Transmusicales, évoque son album, la scène, et ses projets. Long entretien avec cet artiste talentueux
et à l'esprit large.
Avant de parler de ton album solo, pourrais-tu revenir sur ton parcours,
en particulier au sein de Carc[H]arias ?
Kwal : Carc[H]arias c'est un truc qui a
duré sept ans en tout. Pendant un ou deux ans, c'était un projet de lycéen, pour s'éclater, puis pendant
cinq ans ça a été un truc sérieux. On a sorti deux maxis et on a du faire une centaine de dates. Pour
moi ça a été la première expérience, donc dans un truc assez fusion ; ça m'a appris plein de trucs :
monter un groupe, être sur une scène... ça m'a appris à fond pour ce que je
fais maintenant, même si c'est un style qui n'a rien à voir... et je suis plus porté sur ce que je fais
maintenant.
Tu écrivais les textes et tu composais la musique... Tu joues d'un
instrument ?
Kwal : Oui c'est moi qui écrivais tous les textes. J'ai joué de la
guitare au début, enfin mal… j'ai touché un peu à tout, mais je ne suis pas bon en instruments. J'ai
une formation de solfège, de violon à la base, j'ai fait pas mal de classique, du piano, etc… donc il y a
plein de trucs que je touche un tout petit peu histoire de faire des mélodies, mais je ne joue pas d'un
instrument particulier, je suis assez mauvais. Maintenant je m'intéresse plus à des instruments
orientaux, comme c'est le même système que le violon : le sarangui, les violons indiens, égyptiens etc. Il y a
plein de sonorités que j'essaie de comprendre puis de sampler.
Quand as-tu eu l'idée de
ton projet solo ?
Kwal : Ca doit faire trois ans que j'ai mûri l'idée, ça s'est fait
un peu comme ça... on a d'abord enregistré trois titres avec Nico qui était guitariste de Carc[H]arias
et qui s'occupe maintenant du son pour Kwal ; donc on a fait trois titres comme ça, à l'arrache, en un
été, on a fait écouter à du monde autour de nous et ça a vachement plu. Donc en six mois j'ai
mûri l'idée de faire l'album ; les trois premiers titres c'étaient déjà des contes détournés. Y'avait
"Trafiquant de larmes", "Le pervers Noël", et "Pinocchio". Y'avait déjà ce truc du rap qui s'en prend
aux contes de fée. J'avais le filon, et j'avais envie d'en écrire plein d'autres. J'ai écrit "Guignol"
et tous les autres, et ça m'a pris pas mal de temps. En tout l'album ça a pris deux ans à sortir, parce
que j'avais Carc[H]arias à côté et j'ai fini par me consacrer exclusivement à ça, et maintenant c'est
Kwal. L'album vient de sortir chez Tripsichord.
Tu as fait ton album tout seul...
Kwal : Ouais l'album c'est vraiment un truc personnel. Il y a une partie des textes que j'ai co-écrits avec un copain, Anubis, qui est un mec très branché écriture, donc je l'ai consulté à plein de moments, il a été vachement utile. Pareil pour la musique : quand je compose quelque chose, j'aime bien demander l'avis à plein de monde. J'aime être seul dans la partie composition et écriture, et au bout d'un moment confronter, prendre les autres idées, etc…
Le travail au niveau des voix est vraiment impressionnant : tu rappes avec plusieurs voix sur le disque.
Kwal : En fait j'ai pas fait par rapport à mon timbre de voix, j'ai essayé de faire des voix qui correspondaient aux personnages que j'avais envie d'interpréter. Je voyais pas le Père Noël avec une voix aiguë, c'est pour ça que j'ai essayé de travailler ma voix dans les graves, et c'est en faisant l'album au coup par coup, parce que j'ai enregistré plein de fois, y'a plein de moments où j'étais pas satisfait des morceaux donc j'enregistrais par dessus... j'ai fait plein de versions avant d'arriver aux versions finales de l'album, et à chaque fois j'essayais d'évoluer dans les voix pour avoir vraiment des voix distinctes. Et pour la suite maintenant j'essaie justement de regrouper toutes ces voix, d'arriver à commencer en voix de Père Noël et finir le couplet en voix plus aiguë, ça évolue tout le temps.
Quelle serait la voix la plus "naturelle" ?
Kwal : La voix la plus naturelle c'est la voix parlée je pense, c'est la voix que j'ai là et qui est sur certains morceaux, les plus calmes, c'est une voix que j'aime bien prendre sur les morceaux où j'ai envie de raconter quelque chose de posé, quelque chose de tranquille, sur des morceaux où le texte est vachement important : c'est ma voix... c'est pas quand c'est un personnage, c'est plutôt quand c'est un conteur.