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L'appellation "album conceptuel" te convient pour "Règlement de contes" ?

Kwal : Ouais carrément, c'est ça. C'est des contes et des histoires pour enfants détournés ou réactualisés par le rap. Et j'ai plus envie maintenant de concevoir la musique que j'ai envie de faire comme un concept à chaque fois, j'ai pas envie d'aligner des titres qui n'ont pas spécialement de rapports entre eux ; mon deuxième album sera un album conceptuel avec des métissages sur tous les morceaux : essayer de regrouper tout ce que t'as envie de faire, de trouver une cohésion, un fil directeur, un truc logique, qu'on peut ouvrir comme on ouvre un livre de théâtre.


C'est une démarche plutôt originale dans le monde du rap d'ici.

Kwal : J'avais l'idée du concept avant d'avoir l'idée de faire un truc purement hip-hop, c'était le truc que je voulais faire. Je suis fan de tout ce qui est enfantin : là je débarque à Rennes, c'est Noël, y'a des maisons à colombages, je suis vachement sensible à ça. Tout cet univers enfantin j'avais envie de le mettre quelque part et de le regrouper avec des trucs qui moi me touchent : ça va être l'inceste, ce qui se passe avec la faim en Afrique, des choses que je n'ai pas vécues forcément directement mais dont j'ai envie de parler. Outre le fait que j'aime à fond le hip-hop, le rap ça a été pour moi l'occase de faire des textes assez longs, de pouvoir dire tout ce que j'avais à dire dans un morceau, ce que je ne pouvais pas faire dans la fusion, le métal etc, c'était une autre démarche.


Il nous semble que les idées ou images que tu fais passer à travers tes histoires peuvent parfois plus toucher qu'un rap brut et cru... C'était une de tes motivations ?

Kwal : Sans du tout dénigrer ce qui se fait en rap français... Je pense qu'il y a une question de vécu aussi, j'ai peut-être pas le même vécu que la plupart des mecs qui font du rap, y'a quelque chose de plus brut, de plus engagé dans ce qu'ils font, et il y a des choses que j'apprécie beaucoup là-dedans, il y a un côté brut, de l'énergie, de la revendication, il y a des choses que j'aime bien. Mais moi j'avais envie de faire quelque chose qui se rapproche finalement peut-être plus de la chanson française, enfin de l'approche que la chanson française peut avoir de la musique, c'est-à-dire du second degré tout le temps, ne pas appeler un chat à chat. L'esclavage par exemple dans le morceau "Le pervers noël" : je cite jamais le mot esclavage, je dis tout le temps le Père Noël, c'est des images, c'est des histoires ; je me retrouve plus dans quelque chose de plus imagé. Ca fait appel à l'imaginaire donc ça me parlait plus et j'ai encore envie d'avancer dans ce sens là : qu'on comprenne le sens des mots mais qu'ils ne soient pas forcément dit, peut-être que ça donne parfois plus de poids à ce que tu veux dire. Et puis je voulais pas être trop cru, je raconte des histoires, ça me permet de prendre du recul par rapport à ce que je dis. Bien-sûr, je peux dénoncer l'esclavage mais je ne dis rien de nouveau : c'est des enfants qui fabriquent des pompes en Extrême-Orient... Je veux le dire d'une manière différente, parce que je pense que si je l'avais dit comme ça, ça n'aurait fait réagir personne de plus.


Oui, peut-être plus que si c'était un rap didactique et démonstratif.

Kwal : Moi j'avais pas envie de faire un cours d'économie ou de politique en musique. Après maintenant je respecte l'approche de ceux qui font ça ; je sais que même si on doit retrouver plein d'influences dans ce que je fais, j'aime bien essayer de ne pas faire ce que d'autres ont déjà fait, de me placer sur un terrain un peu décalé. Et dans le rap c'était assez facile je trouve de sortir de tout ce que les gens peuvent dire ; comme le discours est assez toujours le même dans le hip-hop, j'avais envie de faire autre chose, qu'il y ait vraiment quelque chose à apporter, c'est un style dans lequel on voit tout le temps la même façon d'aborder les sujets, c'était pas vraiment difficile de faire original.


crédit : Jef Rabillon


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