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L'intro du disque propulse dans un univers très sombre, et il y a pas mal de titres dans la même veine, comme "Le manège infernal", mais tu as aussi fait des titres moins graves comme "Le juge ment". Ca correspond à une évolution pendant l'écriture de l'album ?

Kwal : C'est exactement ça. "Le manège infernal", disons les morceaux les plus sombres, si je me souviens bien, c'est ce que j'ai commencé à penser quand j'étais le plus jeune : j'avais vraiment dans l'idée de faire un album dark. C'est pas parce que moi je le suis, mais j'avais vraiment envie de faire un truc qui soit dark. Et arrivé au bout je me suis dit qu'il y aavit des choses qui étaient fatalistes, et plus j'évolue plus j'ai envie d'écrire des histoires qui soient pas forcément dark, parce que je ne suis pas d'un tempérament fataliste. Je ne m'imagine qu'il y a pas d'issue, au contraire. Donc j'ai mis "Le prince et le pauvre", morceau où je dis à la fin que le prince c'est moi, que j'ai eu de la chance dans ma vie, et que j'ai pas forcément à me plaindre. Et c'est ça, c'était une vrai démarche, à un moment où je me suis dit "c'est vrai arrête de te plaindre". Et "Le juge ment" c'est pareil : c'est les deux morceaux que j'ai écrits vraiment après les autres, en essayant de donner une couleur moins fataliste à l'album. Maintenant je pense concernant mon évolution que j'ai toujours autant de haine par rapport à pas mal de choses, mais j'ai aussi envie de mettre différentes couleurs.


On se posait la question de la représentation scénique du "Manège infernal".

Kwal : Sur scène, je suis l'acteur, j'ai une douche de lumière au-dessus de moi avec de la fumée et je suis prisonnier d'un cercle de lumière ; et autour de moi il y a deux démons qui sont les deux autres chanteurs, qui ont un masque de la Commedia dell'arte, un masque blanc assez effrayant, et une espèce de grande cap noire. Ils me tournent autour, c'est mes démons, ils me rappellent tout le temps ce que j'ai vécu. Il y a quatre chandeliers derrière, et ça fait vraiment maison hantée, le décor du morceau quoi. A la fin du morceau je les chasse et ils enlèvent des rideaux en fond de scène, et là il y a deux cadres, des vieux cadres, comme s'il y avait un tableau au mur, et les deux danseurs derrière, ce qui fait qu'on voit dans un cadre les deux danseurs qui ont le regard qui bouge. Des cadres vivants, c'est une atmosphère vachement fantomatique, c'est quelqu'un qui est prisonnier de ses démons, et qui à la fin pète les plombs. C'est un morceau qui est vachement intéressant à interpréter sur scène, ça demande que tu pousses vachement le jeu de l'acteur, et je pense que ça va évoluer aussi, peut-être qu'avec le temps je le pousserai de mieux en mieux, c'est un truc que j'aime bien.


Même si c'est à notre sens un des titres les plus réussis de l'album, il est très chargé émotionnellement, et à vrai dire dur à supporter...

Kwal : On l'a joué au Chabada (à Angers, ndlr), ça applaudissait vachement avant ce morceau là, et à la fin du morceau y'a eu zéro applaudissement. Et comme ça réagissait vachement sur les morceaux d'avant, on savait que ça accrochait, mais sur ce morceau là vraiment… on a entendu des gens qui parlaient, qui ne savaient pas trop s'il fallait applaudir ou pas, et comme on a enchaîné direct sur le morceau d'après, les gens n'ont pas eu le temps… J'ai eu cette impression parce que la mise en scène renforce le côté assez glauque du truc, pourtant c'est un morceau que j'ai écrit, plutôt co-écrit, parce qu'on a vachement réfléchi à ce morceau là à deux avec Anubis, et on était relativement détendu. Je pense que tu peux écrire un truc vachement hard tout en gardant beaucoup de recul par rapport à ce que tu écris. Il suffit d'imaginer des choses, je pense que c'est un peu la même démarche qu'un acteur qui rentre dans la peau d'un personnage, c'est pas pour autant qu'il va devenir ce personnage. La démarche est vachement intéressante : essayer de se mettre dans la peau de quelqu'un dont l'enfance a été torturée.


"Règlement de contes" est particulièrement bien produit, tu étais beaucoup accompagné pour la production ?

Kwal : Celui qui a mixé l'album et qui m'a beaucoup aidé dans le traitement des sons, c'est Martial, celui qui avait fait le son du maxi de Carc[H]arias, c'est un mec hyper méticuleux. On a vraiment décortiqué le truc avec lui pendant des mois pour essayer que ça ne sonne pas autoprod justement. Pour la pochette, il y a aussi eu un gros travail. Je voulais vraiment que les textes soient écrits, parce que pour moi c'était fondamental que les textes soient compris. On s'en rend compte maintenant, la première chose qui accroche généralement les gens sur l'album et sur le spectacle, c'est les textes. Donc même en spectacle les textes sont mis en avant : on a fait un travail sur l'articulation, pour qu'on comprenne bien ce qui se dit... et les gens ressortent de la salle en ayant bien compris ce qui se passait sur scène.



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