Auteur-compositeur d'un très bon premier album difficile à enfermer
dans la catégorie rap français tant les contributions sont diverses
et les sonorités lointaines (ce qui n'est pas pour nous déplaire, vue
la teneur actuelle du rap hexagonal), le montpellierain Clotaire K
rappe en arabe, français et anglais, évoquant souvent son pays
d'origine, le Liban, à travers de très bons textes et d'excellentes
compositions. Il parle entre autres avec nous de sa musique, de ses
influences, de son disque, de ses rencontres, et bien-sûr du Liban.
Pour commencer, peux-tu présenter ton parcours ?
Clotaire K : D'aussi loin que
remonte ma mémoire, j'ai toujours voulu faire de la musique. Mes débuts sous le nom Clotaire K remontent
à 1996, nous n'avons cessé de tourner depuis avec le groupe qui m'accompagne sur la route. En studio
c'est différent, je produis mes beats seul et invite parfois des gens sur certains titres, seuls
quelques membres de mon groupe de scène ont participé à mon album, mais la rythmique reste des
programmations en studio, alors que sur scène j'ai toujours une base rythmique acoustique.
C'était important pour toi de jouer sur scène avec de vrais instruments plutôt que de rapper sur des
enregistrements ?
Clotaire K : Les deux ne me dérangent pas, mais c'est clair que c'est
un choix d'avoir une section rythmique acoustique sur scène, et oui c'est important. J'en ai besoin,
pour moi c'est la vie. Ca rend le live plus dangereux, ça rajoute de l'imprévu, et ça me pousse vers
l'avant.
Tu composes toi-même tous tes morceaux : es-tu musicien à la base ? As-tu commencé par le rap ou par
la composition instrumentale ?
Clotaire K : J'ai des bases de musiciens puisque
j'ai pratiqué la guitare dès mon enfance, mais ce que je fais aujourd'hui n'a pas grand chose à voir
avec cet instrument, il n'y en a pratiquement sur aucun titre de mon album, et je ne joue d'ailleurs
plus de guitare depuis quelques années. Le travail de programmation de machine est très différent, mais
il reste que je pratique le Oud (luth oriental). Je pense avoir commencé par la composition, mais je ne
me souviens plus vraiment ce qui est venu en premier.
Quelles sont tes inspirations pour la composition ? Es-tu un auditeur de musique arabe ?
Clotaire K : J'écoute bien-entendu pas mal de musique orientale plutôt traditionnelle. Il s'agit
souvent d'enregistrements très anciens et pas toujours de bonne qualité sonore. Malgré tout, ce sont des
artistes d'une grande valeur qui encore aujourd'hui sont adulés par les foules du Moyen-Orient, voire
des pays arabes plus largement. Leurs noms sont Fairouz, Oum Kalthoum, Wadi Al Safi, Farid El Atrache,
Muhammad Abdel Wahab, Sabbah, Warda. J'écoute aussi pas mal de musique religieuse d'Orient, qu'elle soit
musulmane ou chrétienne.
Tu écoutes du hip-hop ? Du rap français ?
Clotaire K : J'écoute aussi beaucoup de
hip-hop, mais de moins en moins. A priori, après avoir usé les IAM et NTM, il n'y a plus grand chose
d'intéressant à mes oreilles dans le hip hop français. Mis à part peut-être La Rumeur, dont on ne cesse
de me dire du bien, et que je n'ai malheureusement jamais encore écouté. J'ai grandi avec des PE, NWA et
autres... aujourd'hui ce qui m'intéresse dans le hip hop américain c'est plutôt des choses comme Mos
Def, Sunz Of Man ou encore certains trucs de Saul Williams, Mike Ladd... Mais ce que je kiffe le plus
ces derniers temps c'est le hip-hop anglais, il faut bien comprendre que dans ce pays ça reste quelque
chose en plein développement et qu'il y a là une fraîcheur et une originalité que la France a perdu dans
ce style de musique. Des fois je me dis que ça vient, entre autre du background des Anglais en général,
qui ne peuvent quoi qu'il arrive pas éviter leurs origines musicales diverses. Et c'est peut-être pour
ça que le hip-hop d'Angleterre est plus fresh et ouvert à d'autres styles, plus original. Je veux
parler de gens comme Roots Manuva bien-sûr, ou encore TY et Blak Twang... que j'ai d'ailleurs eu
l'occasion de croiser çà et là, et qui sont vraiment cools.