Tu rappes en anglais, français et arabe... En quelle langue te sens-tu le plus à l'aise pour écrire,
pour chanter ?
Clotaire K : A la base c'était l'anglais, puisqu'au départ j'ai
appris à rapper en anglais, plus précisément américain, à l'époque où je me trimballais tout le temps
entre la France et les USA. Puis à force de faire du live en France, il a fallu se mettre au français
parce qu'au bout d'un moment ça fout les boules de voir que les gens en face de toi ne comprennent pas
la moitié de ce que tu essaies de dire. On a joué en Hollande il y a peu de temps... c'est clair que les
Hollandais n'ont pas ce type de problèmes : tout le monde comprend l'anglais là-bas. Quoi qu'il en soit,
je crois que maintenant c'est en français que je suis le plus à l'aise (même si contrairement à
l'anglais, j'ai besoin de beaucoup d'entraînement pour pouvoir freestyler en français), et comme ça me
fait un peu chier, et que j'aime bouger, je crois que je vais me mettre à écrire de plus en plus en
arabe pour changer.
Concernant l'arabe que tu utilises, il est propre à ta région d'origine ?
Clotaire K :
On peut dire ça, je parle le "dialecte" du Liban. Il faut comprendre qu'en arabe, il y a la
langue écrite - l'arabe littéraire - et les différentes langues parlées des différents pays arabes, qui
varient selon les régions. Par exemple j'ai énormément de mal à comprendre les Arabes du Maghreb, mais
en gros de l'Irak à l'Egypte, en passant par la Syrie, la Jordanie et la Palestine, on parle la même
langue.
Il y a beaucoup de voix différentes sur ton album : ce sont des artistes que tu as invités ou tu as
samplé des voix ? Peux-tu nous présenter ces personnes ?
Clotaire K : Les voix des
gens qui interviennent sur mon album sont pratiquement toutes des personnes que j'ai enregistrés
moi-même, soit en studio, soit avec mon DAT portable au cours de mes voyages. - Natacha Atlas : c'est
une artiste réputée et aussi une amie, on avait prévu de longue date de faire un titre ensemble un de
ces jours. Je lui ai envoyé une bande avec la base du titre en question, elle m'en a renvoyée une autre
avec sa voix que j'ai ensuite samplé et coupé dans tous les sens pour obtenir le titre Maqam,
featuring Natacha Atlas. - Deeder Zaman : c'est un très bon pote, qui était autrefois la voix du
groupe Asian Dub Foundation. En fait, au départ, on avait prévu avec Deeder de faire un titre ensemble,
c'est comme ça que j'ai construit Emigrate, avec des successions de beats et des sons différents pour
que Deeder en trouve un qui lui convienne et ensuite construire le titre final à partir de là.
Seulement, on n'a jamais réussi à se caler pour finir le texte, et comme j'aimais bien cette version
instru qui part dans tous les sens, j'ai décidé de la mettre sur l'album Lebanese à peu près telle
qu'elle. - LNB : là, c'est carrément mon homeboy, qui se retrouve sur scène avec moi à tous mes
concerts ; c'est comme mon frère. Il a beaucoup de talent et a d'ailleurs ses projets persos qui sonnent
la folie. Pour l'instant rien dans les bacs, mais ça va faire mal. - Majdala : c'est une immense
chanteuse orientale qui n'a jamais continué sa carrière à cause de la guerre au Liban et de ses choix
personnels et je suis très fier de l'avoir sur mon album car elle n'a pas refait d'enregistrement depuis
les années 70. Malheureusement, je l'ai enregistrée un peu à la va-vite ce coup-ci, avec mon DAT, mais
je ferai mieux la prochaine fois, promis. - Najjad Jabbour : c'est tout simplement ma cousine, je
l'ai enregistré un après midi dans sa cuisine à Beyrouth alors qu'elle se levait de sa sieste ; c'est
pour ça qu'elle a ce ton nonchalant. J'adore sa voix. - Joseph Louaïzé : encore un cousin, c'est un
érudit et un grand Maître de la musique à Beyrouth, il joue aussi du nay (flûte orientale) et du oud sur
certains titres. - Ruth Tafébé : belle voix africaine, c'est une amie de Montpellier qui joue dans
le groupe Sun Shipp. - Harrison : c'est pour moi un des meilleurs rappeurs de Marseille, il vit
aussi à Montpellier maintenant. Il est plutôt axé sur le basket en ce moment, mais si ça lui pète
d'enregistrer un disque un jour, il va remettre certaines pendules à l'heure c'est clair.
Comment s'est faite la rencontre avec Natacha Atlas ? Pourquoi elle ?
Clotaire K
: Je l'ai rencontrée parce que nous avons une amie commune qui lui a fait passer un de mes premiers maxi
et comme ça lui a plu, elle m'a carrément invité à faire sa première partie à l'Olympia. C'est là que je
l'ai rencontrée pour la première fois. Pourquoi elle ? Tout simplement parce qu'elle fait référence dans
sa musique aux mêmes grands artistes de la musique du Moyen-Orient que moi, notamment Abdel Halim Hafez.
Et même s'il semble que ça devienne un peu la mode aujourd'hui, il n'y avait personne d'autre que nous
qui faisions ce genre de mix à l'époque. Depuis j'ai parfois collaboré avec elle, soit en lui écrivant
des textes, soit en faisant des remplacements dans son groupe de scène. Maintenant, je lui ai promis de
lui produire certains titres, ce que je n'ai pas pu faire sur son dernier album par manque de temps.
Elle adore le hip-hop.