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Dans le morceau Papa, tu parles des coptes, la communauté chrétienne d'Egypte. Tu dis à l'Egypte "regarde les coptes qui t'ont construite" et tu parles d'une oppression subie par cette communauté. Peux-tu nous en dire plus sur ces deux idées ?

Clotaire K : Les coptes sont probablement la plus ancienne civilisation d'Egypte identifiable encore présente sur ce territoire. En résumé, il est clair que les coptes sont en Egypte depuis des millénaires, ce qui est bien plus dur à déterminer s'agissant d'autres communautés égyptiennes. D'ailleurs, le mot "copte" lui-même signifie Egypte, si tu regardes bien, il s'agit approximativement des même consonnes. Seulement, les coptes ont beaucoup soufferts depuis des centaines années de fausses accusations visant à les dénigrer sur le territoire égyptien du fait entre autre qu'ils soient devenues après l'arrivée de l'Islam une minorité sur ce territoire. On les a par exemple accusé de détériorer les vestiges des pharaons alors que dans les faits ils se sont évertués à les conserver en bon état. Et même aujourd'hui, il est difficile d'accéder à certains métiers aussi divers que guide touristique ou gynécologue en Egypte lorsque tu es copte. C'est ainsi qu'il ne reste qu'un faible pourcentage de coptes en Egypte, les autres s'étant convertis à l'Islam ou devenus chrétiens latins ou orthodoxes pour vivre plus facilement en Egypte. Cette religion qui est originaire de haute Egypte et même du Soudan, compte de grands érudits dans ses adeptes et des hommes de grande connaissance, tels que Boutros Boutros Ghali par exemple. Ils ont tout un art millénaire qui leur est propre, ainsi qu'une liturgie, de laquelle est extraite le refrain que je chante sur le titre "Papa". Ils sont entre autre à l'origine des anachorètes, en clair: la vie de moine...


Dans ce même morceau, tu parles de tes "sept vies"... de quoi s'agit-il ?

Clotaire K : Papa est inspiré de la réalité, de ma vie et de celle de mon père particulièrement, mais il y a aussi une part poétique et plus ou moins imaginaire. Je pars de l'hypothèse que la filiation n'est que la continuation de la vie de tes ancêtres et que l'achèvement se fait à travers les générations et non pas spécialement à travers une seule vie, comme on le pense généralement. J'ai eu sept vies, la sixième étant celle de mon père, qui est né à Alexandrie, et la septième la mienne.


On sent une sorte d'attraction dans ton écriture, mais aussi dans la musique pour ton pays d'origine, le Liban.

Clotaire K : Je suis d'origine libanaise par ma mère, et j'ai une famille très nombreuse encore dans ce pays. Je suis en effet très lié à la terre libanaise, et il suffit d'y aller pour comprendre pourquoi les libanais aiment tant cette terre: elle est merveilleuse. C'est un pays magnifique et truffé de richesses.


C'est un pays qui évoque immédiatement la guerre civile, les tensions communautaires, religieuses... ce climat est-il palpable aujourd'hui encore, pour toi qui t'es rendu à Beyrouth ?

Clotaire K : Je suis très souvent à Beyrouth. Les tensions qui ont pu être visibles pendant la guerre ont complètement disparu. Le Liban est un exemple de pays harmonieux et l'a toujours été à travers les âges, seulement quand on compte dix-neuf communautés religieuses importantes, il est facile de mettre le feu aux poudres, et cela arrangeait certaines personnes, c'est ainsi que cette guerre a démarré, et il était si facile de jeter régulièrement de l'huile sur ce feu qu'ils ne se sont pas privés. Maintenant le problème c'est que ces gens pour qui ce conflit était si commode, ne sont pas des Libanais... Bref, il n'y a pas de tension palpable à Beyrouth, je conseille même aux gens que ça intéresse d'aller y faire du tourisme, il est impossible d'être déçu d'un tel voyage ; et c'est le bon moment, tant que les USA maintiennent la chape de plomb qui immobilise l'économie libanaise en faisant encore croire au monde que c'est un pays dangereux, vous pouvez y respirer sans être dans des masses touristiques comme dans d'autres pays. Ensuite l'idée reçue que Beyrouth est une ville détruite, un champ de ruines, est totalement fausse; d'autant plus que la partie qui était touchée -le centre ville- est aujourd'hui reconstruite. Par contre, oui, la guerre a détruit certaines choses, est c'est plutôt dans l'esprit des libanais que l'on trouve ces choses. On ne sort pas indemne de plusieurs dizaines d'années de guerre, surtout quand on a l'oreille exercée depuis sa plus tendre enfance à reconnaître au son qu'ils font la plupart des modèles et calibres d'armement du marché mondial.


Qu'en est-il aujourd'hui de la situation politique au Liban ?

Clotaire K : La situation politique est la même qu'avant et pendant la guerre, rien n'a changé. Le pouvoir est réparti entre les communautés selon les principes d'un pacte national qui a été réaffirmé à deux reprises dans l'histoire du pays. Le président est chrétien maronite, le premier ministre musulman sunnite, et le chef du parlement, musulman chiite. Les gens veulent vivre et respirer, mais le pays entier est victime de l'anti-propagande émanant des Etats-Unis.


Quels sont les "sept tremblements" de Beyrouth dont tu parles dans Beyrouth écoeurée ?

Clotaire K : Le Liban est une région passablement sismique. On a coutume de dire de Beyrouth qu'elle est le Phoenix de l'Orient car elle a subi sept tremblements de terre, mais s'est toujours relevée.



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