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Il y a beaucoup d'interludes qui rythment ton disque, et la plupart ont été enregistrées au Liban ; est-ce que cet album est en quelque sorte le résultat, l'aboutissement de voyages, de rencontres faites ailleurs, à l'image de ces interludes ?

Clotaire K : Peut-être... pour moi la musique dépasse sa définition, elle va jusqu'au langage, et même aux bruits et autres sons de la vie. Cet album a été conçu prioritairement pour moi et les gens comme moi, d'origines libanaises et qui vivent loin du Liban, alors qu'il y ait des choses qui nous parlent directement comme ce marchand de tomate qui passe dans la rue avec son haut parleur sur la piste 10 et des parcelles de vie libanaise est tout naturel. Il contient aussi pas mal de références et de clins d'oeil ou autres ironies que seuls des orientaux peuvent saisir. Maintenant, j'aime aussi beaucoup les sons qui font réagir presque instinctivement les gens, que ce soit un bip de réveil ou de portable enfoui dans un beat ou un moustique qui vole (à un volume subliminal). C'est pour ça que ce disque est truffé de petites choses comme ça.


Tu as enregistré deux morceaux au Liban pour ton album, comment cela s'est-il passé ?

Clotaire K : Ca s'est passé très simplement à Burj Hammood, le quartier arménien de Beyrouth où un ami avait un studio, j'étais en vacances et je m'amusais à écrire des mélodies et des textes, et avec l'aide de mes cousins on a tâché de faire venir des gens dans ce studio pour les enregistrer aux heures où le studio était libre.


Le titre Bif, bam, boom a une saveur très particulière, d'après ce que précise le livret...

Clotaire K : J'ai écrit ce morceau en 1998, et il parle précisément du 11 septembre 2001. Je ne suis pas un devin ou un prophète, mais il n'est pas difficile de voir que quand on écrase ou oppresse des gens qui ont accès à des courants de pensées extrêmement divers, il faut s'attendre à des réactions surprenantes. Comme il est évident qu'à un moment donné il sera difficile de fermer les yeux et continuer à se baffrer sans culpabiliser, alors que la majorité des hommes sur cette terre sont dramatiquement victimes de la mauvaise répartition des richesses.


Tu as fait plusieurs scènes avec Asian Dub Foundation. Comment s'est faite la connexion ?

Clotaire K : A vrai dire, quand je les ai rencontrés, je ne connaissais pas vraiment ADF. J'avais été à un de leur concert par hasard auparavant, mais c'était tellement fort et aigu, que je n'avais tenu que deux morceaux. Puis ils ont écouté un de mes maxis et nous ont proposé leur première partie. Par la suite on a fait pas mal de tournées avec eux et ce sont devenus rapidement des amis. J'ai aussi écrit et interprété un titre bonus de leur avant dernier album. Evidemment, je les apprécie en tant que personnes, mais aussi leur démarche. Je suis aussi en rapport avec pas mal de gens qui forment cette scène british-asian comme State Of Bengale, Badmarsh & Shri... Et au final, là où je me sens le mieux à Londres, c'est quand je suis avec des amis d'origine indienne. Je suis aussi tombé sous le charme de leur musique, comme eux de la mienne. Il doit y avoir une sensibilité commune entre nos deux sons d'origines. Après tout, le Liban est en Asie... Et je pense que je ne pourrais pas éviter d'avoir des sons indiens dans mes prochains titres, notamment le sarangi, ou le dhol...


Tu as eu de nombreux articles dans la presse britannique, et tu tournes pas mal là-bas, ton site internet est aussi en anglais. Tu vises un public plus large que le simple public français... tu as eu des facilités pour tourner en Angleterre ? Dans d'autres pays ?

Clotaire K : En effet, la presse anglaise nous a très bien accueillie, rien qu'en se basant sur quelques concerts ; alors que ça fait sept ans que l'on tourne en France et la presse ne l'a jamais relevé ici. On a aujourd'hui des pleines pages dans des gros magasines anglais, le légendaire John Peel, après avoir joué la quasi-totalité de mon album sur la BBC, nous invite aux Peel Sessions, et je suis même nominé pour les EMMA Awards dans la catégorie Musique parmi des gens comme Manu Chao, Eminem ou Roots Manuva. Je ne vise pas de public en particulier, si ce n'est les gens comme moi, d'origines orientales et souvent émigrés. Pour l'instant, on joue principalement en Europe, mais on ne va pas tarder à attaquer l'Australie, et aussi les USA dès l'année prochaine.


propos recueillis par PJ le 21.05.2003
mise en ligne : 26.05.2003




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