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Le titre New way new life était également très optimiste... n'était-il pas également ironique en un sens ?

Chandrasonic : Il m'est difficile de bien évaluer votre question... Quand une chanson s'écrit et se compose, c'est qu'elle devait arriver, si vous voyez ce que je veux dire. New way new life suit la même logique qu'un titre comme Collective mode : ce sont deux chansons de l'album Community Music que l'on peut qualifier de "pop songs", dans le bon sens du terme : musique assez simple, guitare très présente... Cela dit, je ne veux pas entendre dire "cet album a son New way new life, celui-là non...", car nous ne suivons pas une telle logique. Je dois l'admettre, Enemy of the enemy est plus sombre (sourire). Mais il y a aussi beaucoup de positivité, dans Rise to the challenge, Power to the small massive et même 19 Rebellions.


Pour finir, vous dites "Read up your History and you'll reach your destination". Considérez-vous que votre situation actuelle est une conséquence de cette destination que vous vous êtes fixée, que vous avez peut-être atteinte ?

Chandrasonic : C'est une très bonne question. Oui... mais on n'atteint jamais cette destination dont on parle dans le titre The judgement. Cette destination est en fait toujours inaccessible. C'est un but, un idéal... Mais en regardant aujourd'hui le passé, en se disant "jetons un oeil sur ce qu'on a fait", en un sens oui nous avons atteint notre destination, rien qu'en créant ADF, en le faisant survivre, se renouveler, en régénérant le groupe, la formation. Quand moi-même j'ai rejoint le groupe en 1994, je me disais "si ça peut tenir six mois, ce sera déjà très bien"... ADF n'est pas quelque chose de figé, mais est au contraire une institution constamment en régénération. Les nouveaux membres du groupe sont là pour le prouver, puisqu'à leur tour ils poursuivent avec nous cette destination.

Dr Das


RENCONTRE AVEC ROCKY ET CYBER - NOVEMBRE 2003


Parmi les nouveaux membres du groupe dont parle Chandrasonic, Rocky et Cyber restaient les derniers à ne pas encore avoir eu la parole sur Acontresens. Voilà la chose réparée avec cette courte interview réalisée en novembre 2003.


Que faisiez-vous avant de rencontrer Asian Dub Foundation, et comment avez-vous rejoint le groupe ?

Rocky : Avant ADF, je vivais au Canada, où je faisais de la musique de manière indépendante. Je composais, je programmais, et j’avais produit un CD en indépendant ; j’avais quelques moyens qui m’avaient également permis de faire une vidéo. Ma musique était bien-sûr influencée par mes origines, donc par des sons indiens. ADF est venu jouer à Toronto, je les ai rencontrés, nous avons beaucoup discuté et ils m’ont proposé de jouer avec eux. Je suis retourné à Londres, où j’avais grandi, et j’ai alors intégré le groupe.
Cyber : Avant ADF, je faisais de nombreux concerts avec beaucoup de groupes « asian ». J’enseignais également la musique, ce que je fais toujours par intermittence. J’ai rencontré ADF aux îles Canaries, lors d’un festival où je jouais avec un autre groupe. Nous avons échangé quelques mots, mais rien de plus ; il n’était pas du tout question alors de travailler ensemble. Ensuite... c’est une longue histoire. Mais c’est une belle histoire (sourire).
Rocky : Que tout le monde s’installe très confortablement… (rires)
Cyber : Moi et mon groupe rentrions en avion des Canaries jusqu’à Londres tôt dans la journée. Mais mes instruments n’avaient pas été mis dans l’avion. J’ai donc dû retourner à l’aéroport. Les membres d’ADF prenaient un avion plus tard, et mes instruments étaient dans leur avion… Et par hasard je les ai vus une nouvelle fois. Deedar, l’ancien chanteur, m’a proposé de faire quelque chose avec eux, et nous nous sommes revus à Londres. Quelques semaines plus tard, j’intégrais la formation sur scène.


Cyber, tu parlais de tes instruments, est-ce que tu peux nous les présenter ?

Cyber : Le dohl est un instrument de la musique populaire « folk » originaire du nord de l’Inde, plus précisément du Pendjab ; c’est une partie entière d’un tronc d’arbre, et on en joue avec deux baguettes, l’une plutôt flexible, l’autre plus dure, en frappant sur les côtés. Les tablas, contrairement au dohl, sont un instrument de la musique classique indienne ; elles sont constituées de deux percussions : pour la main droite, le dayan, en bois, et pour la main gauche le bayan, en métal ; on en joue avec la paume et les doigts de la main.


Rocky, on a lu une interview qui date de trois ou quatre ans où Deedar disait que tu jouais de la batterie avec un style « jungle ».

Rocky : Vraiment ? Je n’ai jamais pensé cela de cette façon. Je ne me suis jamais exercé pour jouer de la batterie dans un style jungle. Et j’ai un vrai background rock. Seulement, quand ADF m’ont présenté leur musique, j’ai écouté, je me suis mis sur mon instrument et c’est tout naturellement que j’ai joué de cette manière. Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir.


Allez-vous contribuer à la composition des prochains morceaux d’ADF ?

Cyber : Sans aucun doute, oui.
Rocky : ADF c’est un travail collectif, et un travail sans cesse réactivé et pensé différemment.
Cyber : Tout le monde contribue à l’élaboration des morceaux.
Rocky : Disons que quand nous avons rejoint le groupe il y a trois ans, nous avons commencé à découvrir et à apprendre la manière dont ADF compose et joue sa musique, et d’où leur musique vient en quelque sorte. La composition d’un morceau peut venir d’un texte, d’une vocalise, du dhol, de tout ce qui d’une manière ou d’une autre peut contribuer à célébrer et mettre en valeur notre culture, aussi diverse soit-elle. Et bien-sûr avec un message sur ce qui se passe autour de nous, et ce tant dans les textes que dans la musique. Maintenant que nous avons appris tout cela, nous avons intégré cette démarche à notre propre façon de jouer, et c’est plus facile de travailler et de composer ensemble. C’est pareil dans tous les groupes, ça se passe de la même façon. Le son est forcément mieux quand on le compose tous ensemble que quand une seule personne écrit. Nous venons tous d’horizons musicaux divers, et nos styles se mélangent, comme cela se fait partout dans le monde.
Cyber : La musique indienne aujourd’hui s’ouvre aux technologies, tout comme certains genres de musique africaine qui se marient très bien aux musiques électroniques. ADF s’inscrit dans ce genre d’ouvertures.

Cyber et Rocky

Et est-ce important pour vous, en tant que musiciens, de jouer dans un groupe où les textes ont une telle importance ?

Rocky : Oui, absolument. Et je n’envisage vraiment pas les choses autrement. Bien-sûr, on peut juste jouer de la musique pour s’amuser. Je l’ai fait avant et continue à le faire. Mais quand on enregistre quelque chose qu’on diffuse à grande échelle, quand on tourne autant, il est bon d’amener un propos, un sens, un message.
Cyber : Tout le monde peut chanter des chansons d’amour par exemple, et tout le monde le fait. Mais des textes conscients, c’est plus rare ; et un nombre considérable de groupes ont peur de la politique et ne prennent jamais position. Alors il en faut d’autres pour être là et affirmer quelque chose. Et avec ADF, ce qui est formidable, c’est que nous pouvons marier l’aspect textuel et l’aspect musical. C’est ce que nous voulons faire et c’est ce qui nous plait.


Vous jouez dans le monde entier. Pensez-vous que les gens qui viennent vous voir en concert sont conscients de ce que véhiculent les textes des chansons ? Sentez-vous une attention prêtée aux textes, ou surtout à la musique ?

Cyber : C’est un mélange, vraiment. D’un côté, beaucoup de personnes ne prêtent pas attention aux textes, et de l’autre beaucoup sont venus à ADF parce que le groupe véhiculait un certain message. Mais la plupart sont entre deux, se nourrissent d’un peu des deux : c’est une sorte de chassé-croisé, une fusion, une collaboration, et comme l’a dit Rocky une célébration aussi, comme nous le prouvons pendant les concerts.
Rocky : Parfois, les textes peuvent déranger. Nous avons joué à Londres courant 2003 dans une soirée caritative organisée au profit d’enfants malades. Beaucoup de personnes dans le public ne savait pas ce qu’ADF véhiculait, ne savait pas qui on était ; ils étaient sans doute là pour voir les autres groupes, ou tout simplement pour la cause, mais peu importe. Pandit G a fait une référence à la guerre en Irak, et certains ne voulaient pas ou ne pouvaient pas entendre cela. Alors ils nous ont interpellé pendant et après le concert. On ne peut pas plaire à tout le monde… Mais ces gens qui vivent en dehors de toute conscience politique n’ont vraiment rien à voir avec nous.


Pour finir, Cyber, qu’est-ce que Rocky apporte selon toi au groupe ?

Cyber : (rires) Rocky ? Il m’a beaucoup inspiré pour mon usage de la boisson (éclat de rire). Je rigole. Rocky est comme mon frère. Mon frère percussion. Il apporte aux groupes une véritable joie, beaucoup de bonne humeur, il fait le spectacle. Il a beaucoup de talent, j’adore son style et j’essaie moi-même de l’imiter ou de le suivre avec mes propres instruments. Il est aussi la première personne à m’avoir coupé les cheveux, au Brésil (rires). Il amène de la vie au groupe.


Rocky, même question sur Cyber…

Rocky : Cyber apporte une énergie énorme. Il a également un savoir impressionnant, puisqu’il a un vrai background classique que je ne possède pas. Il rayonne avec ses instruments, et en fait un usage incroyable. Je suis fasciné par l’usage qu’il fait de chacun de ses doigts sur les tablas, c’est inimitable. Et surtout, l’énergie qu’il transmet n’est pas que pour le groupe mais pour l’ensemble du public venu nous voir jouer. Il est énormément charismatique.

(propos recueillis par ACS-1 le 06.11.2003, et ajoutés à l'article initial le 18.01.2004)


propos recueillis par PJ et JB à Rennes le 17.03.2003
mise en ligne : 12.09.2003




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