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Après plus d'une dizaine d'années passées à rapper seul ou au sein de divers groupes ou collectifs, Sept sort enfin début avril 2003 son premier album solo, le vaste et très réussi Amnésie. Album marquant par la qualité de son propos, mais aussi par la richesse de ses rimes, de ses idées, et de ses nombreux invités. Rencontre avec un artiste accessible et modeste, définitivement l'un des plus grands talents du rap français actuel.


On peut ressentir dans ton album le reflet d'une certaine déception vis à vis du rap français.

Sept : J'ai commencé à écouter du rap quand j'avais 13 ans, donc forcément je n'avais pas les mêmes yeux que maintenant. Je kiffais grave, avec presque les yeux de l'amour (rires), j'étais aveuglé par ça, par le kiff. J'étais jeune et donc moins lucide, et en fait je crois que c'est ça l'histoire : il y a eu une évolution du rap, mais en grandissant c'est moi aussi qui ai évolué. Je me suis rendu compte de certaines choses et le kiff n'est plus tout à fait le même. L'image que j'avais de mes idoles d'avant s'est un peu cassée. Mais c'est pas grave, c'est la vie... Et il faut voir que ça s'est vachement développé entre temps, avec tout ce que cela implique, et c'est devenu comme tout le reste, le rap est devenu une musique commerciale, qui génère de l'argent, etc etc. Mais maintenant il y a beaucoup plus de choix, et je ne regrette pas du tout que ça a évolué comme ça, parce que d'un côté ça a ouvert la porte à des trucs plus petits : le fait que Solaar a marché ça a permis de faire avancer le rap français, même si Solaar c'est bidon, ou quoi... quoiqu'à l'époque j'avais bien kiffé. Mais actuellement ce que je trouve dommage c'est plus l'image qui colle au rap, tous les stéréotypes, tous les clichés, tous les gens qui se prennent trop au sérieux... moi c'est pas trop mon truc, j'aime bien les gens qui essaient de rester naturels. Il y en a peut-être qui sont naturels en se prenant au sérieux (sourire). C'est ça que je trouve vraiment dommage en ce moment. Et ça gâche un peu le kiff des fois : tu peux kiffer ce que fait une personne, et si tu te rends compte qu'elle se la racontre trop ça va te saoûler. Mais heureusement il faut distinguer ce qu'on voit dans les magazines ou à la télé et ce qu'il y a derrière, et quand tu bouges dans des villes et que tu vas rencontrer les groupes et les gens, tu te rends compte qu'il y a encore plein de trucs bien. Par exemple, l'idée que le rap est mort, moi je n'ai pas cette impression-là personnellement, parce qu'à chaque fois que je vais dans une ville je rencontre des petits groupes dont je n'avais jamais entendu parler et qui sont forts, qui sont nature, et qui font ça pour le kiff.


Est-ce que tu es particulièrement attiré par du rap "à texte" ?

Sept : Pas spécialement. C'était Public Enemy le premier truc avec lequel j'ai connu le rap, mais après forcément j'ai écouté des trucs de Eric B & Rakim, de Run DMC, etc. Ca parlait des mêmes thèmes habituels, c'était pas spécialement politisé à chaque fois. C'est plus moi, mes préoccupations, mes centres d'intérêt, qui font que j'ai envie de parler de choses comme ça... Mais je suis assez large, je peux kiffer des trucs super légers, de la funk, etc, mais ce n'est pas forcément ce que j'ai envie de faire.


Est-ce qu'il était important pour toi d'affirmer dans ton album ton positionnement par rapport au rap et ce qu'il est devenu ?

Sept : Pas forcément au moment où il est sorti, parce que les morceaux que j'ai mis sur mon album, je ne venais pas de les faire dans les mois qui ont précédé. Le fait qu'il y ait autant de morceaux par rapport au rap français, je pense que c'était un peu une réaction par rapport au fait de faire des choses dans le vent, par rapport aussi à cette prise de conscience dont on a parlé tout à l'heure sur la réalité du rap, des déceptions... Et peut-être de l'aigreur aussi, quand toi t'avances pas et que tu vois des gars qui te paraissent pas terribles et qui avancent, ça te saoûle et tu as envie de le dire, c'est un exutoire. Mais j'avoue que maintenant je ne fais quasiment plus de morceaux sur le rap, il y en aura toujours mais j'en fais moins. Quand j'ai regardé l'album je me suis dit qu'il y avait beaucoup de morceaux sur ce thème, et à force ça tourne en rond. Ca y est, j'ai dit ce que je pensais...


Le titre Amnésie a été beaucoup mis en avant, on a lu que tu aurais préféré que ce soit un autre...

Sept : Je ne vais pas donner spécialement un morceau, mais disons que j'aurais préféré que le morceau qui soit mis en avant ce soit un morceau qui parle justement d'autre chose que du rap, parce que le rap a souvent tendance à se mordre la queue comme un serpent, et c'est un peu dommage. Après, ça s'est fait comme ça parce que j'avais pas vraiment réfléchi à ça avant, je l'ai fait au feeling, et comme il y avait peu de morceaux où j'étais tout seul, on se retrouve avec Amnésie. J'aurais plus choisi un morceau qui parle de la vie, peut-être pas de "politique", parce que je ne suis pas un journal... mais pas un morceau qui parle de rap en tout cas. Ca s'est fait comme ça et ce n'est pas grave, d'un autre côté ça résume toute une certaine période et c'est bien. Mais au moment où ça sort, j'en sors un peu moi aussi, j'ai moins envie de mettre ça en avant maintenant. Heureusement comme la sortie de l'album n'a pas non plus eu une portée énorme, c'est passé comme ça et voilà...


Le thème est quand même loin d'être majoritaire sur l'album...

Sept : Disons que c'est un peu bâtard, parce qu'il y a plein de morceaux qui parlent de plein de thèmes.


C'est plus large, il n'y a pas un morceau sur un sujet précis.

Sept : Ouais en fait c'est ça... En fait je l'ai pas du tout réfléchi l'album quand je l'ai fait, ça s'est fait comme il est venu, et ça donne des surprises (rires). Après quand je me rends compte de l'analyse des gens autour, que je dois répondre à des questions, ou que je me pose des questions moi-même... en fait, je constate le résultat de ce que j'ai fait sans l'avoir réfléchi ou prémédité à l'avance (rires). Et c'est bien !


"On lance une réplique en l'absence de controverse et d'optiques". Qui mettrais-tu derrière ce "on" ?

Sept : J'ai beaucoup utilisé le "on", parce que j'avais pas l'impression de parler seulement en mon nom à moi uniquement, et qu'autour de moi je vois plein de gens qui sont dans le même cas que moi.


On peut penser par exemple à tous les invités de l'album...

Sept : Oui voilà. Moi je le sens plus comme ça. Ca peut être un reproche, que je n'utilise pas le "je"... Mais derrière ce "on" il y a nous tous, tous les potes, les gars de Paris, de Bordeaux, et d'X villes, que j'ai rencontrés, et qui pratiquent leur passion avec le coeur, et qui lancent des répliques en l'absence de controverse et d'optiques dans le vent (sourire). C'est pour ça que j'ai utilisé ce "on", je n'avais pas envie de parler spécialement de moi, et je pense que ça ne concernait pas que moi, ça englobait plus de gens que ça. En même temps c'est un peu vague...


Oui mais ça permet sûrement à du monde de s'y retrouver...

Sept : Peut-être ouais...


Quels sens donnes-tu au titre de l'album ?

Sept : Déjà nous on peut très bien tomber dans l'amnésie collective, c'est à dire que personne ne va se rappeler de nous, et pourtant on en aura brassé du vent. Ensuite, quand tu poses un morceau et que tu as envie que des gens l'écoutent, c'est un peu pour figer l'image d'une période et d'une époque, pour pas que ça tombe dans l'amnésie. J'avais aussi l'impression que certains gens et nous-mêmes, sur certains points, étions amnésiques, qu'on ne se rappelait pas les erreurs du passé, qu'on n'en tenait pas compte et qu'on recommençait éternellement à faire les mêmes erreurs. Il y a beaucoup de choses... Quand tu regardes ce qui s'est passé lors de la Seconde Guerre Mondiale, ou que tu penses à plein de pays où il y a eu des dictatures, et que tu vois qu'il y a encore des gens qui votent extrème-droite à l'heure actuelle, on dirait qu'ils ne se rendent pas compte... Ils votent extrème-droite parce qu'ils n'ont pas de boulot, ils ont l'impression que les étrangers leur volent leur boulot, alors qu'en réalité si l'extrème-droite arrive au pouvoir ça ira beaucoup plus loin que ça, ça leur retombera sur la gueule à eux-aussi. Ils seront eux-mêmes privés de liberté. Enfin bref...



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