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La question de la connaissance du passé est un thème récurrent sur pas mal de morceaux, cela semble important pour toi.

Sept : Ouais, je ne suis pas non plus une bête en Histoire, mais je connais quelques trucs... Pour bien comprendre le présent il faut quand même se baser sur les faits passés. Il y a un moment où il faut tourner la page pour avancer, mais il ne faut pas oublier les choses. Et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se sont égarés parce qu'ils n'ont même plus cette connaissance réelle de leur passé et du passé de leur peuple, que ce soit des Français ou des étrangers qui résident ici. On a besoin de connaître sa culture pour savoir qui ont est et pouvoir analyser correctement ce qui se passe à l'heure actuelle. Sinon on n'est pas au courant, et les mecs qui cherchent à tenir les ficelles sont au courant, eux.


Tu dis : "L'histoire plus j'y reflechis plus l'espoir flechit"...

Sept : Si t'analyses bien t'as l'impression que c'est foutu, parce que les choses se répètent, c'est par cycles etc. Il y a des contradictions de toute façon. Après c'est un choix à faire : soit t'es lucide, et peut-être que t'es dégoûté, et que l'espoir fléchit ; soit t'as rien envie de voir, et tu peux vivre heureux éventuellement, dans une certaine limite. Il y a des gens qui se prennent la tête, c'est peut-être pas bon pour eux, mais au moins ils sont conscients de ce qui leur arrive et de ce qui se passe autour d'eux. Y'en a d'autres qui ne voient rien, ils squattent les feuilletons télé genre Les feux de l'amour, et peut-être qu'ils ont l'impression d'être heureux à travers ça, mais je ne suis pas certain que ce soit un bonheur souhaitable.


L'album est loin d'être larmoyant.

Sept : C'est peut-être une forme de combativité, je ne sais pas... Mais en fait je ne peux pas trop l'analyser, si c'est larmoyant ou pas, parce que je le fais comme je le sens, et je n'ai pas le recul. C'est les autres qui me l'ont fait comprendre. C'était pas réfléchi, j'ai fait les trucs comme ça sortait, et j'ai pas forcément assez de recul pour être bien certain des analyses que je peux avoir sur ce que je fais. Mais tant mieux si ce n'est pas trop larmoyant.


Tu t'intéresses de près au militantisme ?

Sept : Ouais c'est intéressant, mais je ne suis pas spécialement un exemple à ce niveau-là. En fait j'ai l'impression que quand on écrit et qu'on fait des morceaux, il y a des choses qu'on dit aux autres, mais qu'on se dit à soi-même aussi. T'essaies de te donner une ligne de conduite, de te rappeler ce qu'il faut faire, comment il faut essayer de gérer les choses etc... Je ne sais pas si je suis super combatif dans la vie, mais par exemple sur ce projet je n'ai pas lâché le morceau, ça faisait un bon bout de temps que ça ramait, et j'ai réussi à l'aboutir. Sur ce côté-là j'ai été combatif, et il l'a fallu parce qu'à notre niveau le seul moyen d'arriver à sortir un disque par soi-même c'est d'être combatif et de ne pas lâcher. Combatif dans le sens pas forcément violent du terme, mais dans le sens accroché, persévérant. Donc ouais c'est important d'être combatif, pas passif... et je ne vais pas dire que je suis tout le temps actif non plus. Je suis comme tout le monde, des fois je me laisse aller, et je ne suis pas sûr que ce soit un bon truc.

Sept

Certains passages de l'album évoquent la foi dans un futur révélateur, dans un retournement de situation au bénéfice des gens qui s'activent aujourd'hui dans l'ombre.

Sept : "Le temps altère ce qui est superflu, ce qui est grand paraît minuscule"... Ce qui est grand maintenant pourra paraître minuscule dans dix ans. Par exemple, un peintre comme Van Gogh, à son époque il n'arrivait pas à vendre de toiles, c'était la merde, et il y avait des gars dont on n'entend plus du tout parler maintenant qui vendaient des toiles je ne sais pas combien. A cette époque-là c'était eux les boss, qui maîtrisaient la peinture (rires). Et maintenant Van Gogh qui était un gros crevard sevend des millions, et eux on n'en entend plus parler. Mais c'est sur une grande période dans le temps, ce n'est pas à l'échelle d'une vie. En tout cas il faut y croire... même si ce n'est pas forcément vrai, il y a des gens qui vont vraiment rester dans l'oubli. L'espoir c'est un moteur, et il faut essayer de le garder un minimum, quitte à ce que ça foire. A l'échelle de plusieurs générations, les renversements de situation qu'il y a... A l'époque où les Sarrasins ont envahi l'Espagne, ils sont restés six ou sept siècles : t'imagines au bout du troisième siècle où ils étaient là, un mec comme nous qui grandit dans ce monde, il devait se dire "ça va être Sarrasin jusqu'à la fin des temps" (rires). Et pourtant trois siècles après ils se sont fait jeter.


Oui... Les USA par exemple ne dominent réellement le monde que depuis la fin de la seconde guerre mondiale !

Sept : Ouais, exactement. Là depuis cent ans il y a eu d'énormes changements, des trucs de dingues, et il y en aura encore. C'est clair que les pays envahis par d'autres ont fini par se libérer, ça s'est souvent vérifié : les Afghans avec les Russes, par exemple... Mais j'aime bien l'exemple des Sarrasins avec les Espagnols (rires), parce que ça a duré quand même longtemps, sept siècles ! Et pourtant même si ça met le temps ils ont fini par se faire jeter, et c'est pareil pour beaucoup de choses. En ce moment on dirait un peu que c'est la décadence... enfin c'est un peu bidon de dire ça, mais sur plein de points on commence à se laisser aller, parce qu'il y a des nouvelles choses qui sont arrivées avec le progrès, et au début on ne les maîtrise pas trop et donc on se laisse aller, mais ça peut encore changer. On ne va pas tous devenir tout mous à regarder la télé et à être abrutis, heureusement.


Tu parles de ta "voix en guise de préambule".

Sept : Ouais, pour commencer, je leur casse les couilles à leur gueuler dans les oreilles ce que je pense (rires), et voilà. Ce qui est marrant quand tu te prends un peu la tête à écrire des textes comme ça, c'est qu'après il peut y avoir plusieurs sens sur pas mal de phrases.


Surtout quand on les isole...

Sept : Quand tu les ressors comme ça, effectivement. Et c'est intéressant, parce que quelqu'un d'autre peut comprendre quelque chose de même plus intelligent que ce que t'avais pensé au début (rires). C'est vrai en plus, chacun peut se faire sa propre analyse et c'est pas trop mal, du moment qu'il y trouve quelque chose et que ça n'a pas rien à voir avec ce que tu voulais dire au début (rires).


Ca montre que tes textes ne sont pas didactiques, et c'est tant mieux !

Sept : Voilà, il n'y a pas forcément qu'une seule façon de le comprendre. "En guise de préambule"... Cet album c'est un préambule, j'espère qu'il y en aura d'autres, en tout cas je vais faire ce qu'il faut pour.



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