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Dans un titre comme Qui flingue l'espérance ? tu évoques un avenir sombre, contrairement à ce que peuvent faire penser d'autres morceaux.

Sept : C'est un doute permanent, comme dans la vie. Un coup t'y crois, un coup t'y crois pas ; un coup tu te dis ça va s'arranger, un coup tu te dis putain ça va jamais s'arranger... c'est bête mais c'est ça (rires). "Ils avancent l'hécatombe à des fréquences qui flinguent l'espérance"... ils ont tellement de pouvoir que des fois tu ne te sens pas trop l'âme de Che Guevara non plus. Enfin heureusement que ça ne repose pas uniquement sur des gens comme nous ! Pour parler de mon propre cas moi je ne fais que des morceaux de rap, c'est pas grand chose en fait. Ceux qui font vraiment avancer les choses, ce sont ceux qui prennent position sur le terrain, qui font plus que de décrire la situation, qui sont plus acteurs, à travers des associations etc...


C'est un tout...

Sept : Voilà c'est un tout, effectivement. Il ne faut pas que ces gens-là perdent espoir non plus, et des fois ça doit être dur... Je pense que toutes les personnes qui mènent un combat sur le terrain, que ce soit social ou que ce soit politique, et dans d'autres pays, c'est tellement dur qu'il y a des moments où ils doivent avoir envie de pleurer. Mais la combativité reprend le dessus et ils avancent.


La musique et les artistes dits engagés sont peut-être aussi là pour porter ces militants.

Sept : Ils peuvent faire du bien. Pas seulement justement aux gens qui agissent, mais aussi à ceux qui subissent.


Ils peuvent entendre des choses qu'ils ont envie de dire ou qui reflètent leur pensée.

Sept : Voilà exactement. C'est vrai... Mais en fait si je précise ça c'est qu'il faut remettre les choses à leur place, et arrêter de se faire des illusions, de se dire "moi je fais de la musique, je suis engagé, je vais changer le monde". Il y en a qui se prennent un peu trop pour le centre du monde, faut quand même rappeler que ce qu'on fait, c'est important, mais ça reste que de la musique, et heureusement qu'il n'y a pas que des gens qui parlent, il y en a qui agissent aussi. Et c'est vrai que les deux se complètent.


"Son odyssée suit le cours d'un morceau soliste" : tu fais bien référence à Rockin'Squat d'Assassin ?

Sept : Ouais c'est une référence à Squat, et c'est pas une référence vraiment cool cool (rires).


Ca rejoint un peu ce que tu disais, Assassin apparaissait comme vraiment militant il y a quelques années et s'est révélé plutôt décevant ces derniers temps.

Sept : Pour Squat c'est peut-être un problème de mégalomanie, il a l'air d'être quand même assez spécial et il s'est peut-être enfermé dans son délire, et il s'est peut-être pris trop au sérieux. Mais en tout cas ce que je peux dire c'est qu'avant c'était mon rappeur préféré, il y a longtemps de ça, à l'époque de Esclave de votre société, du premier EP, avec Je glisse, et après Kique ta merde etc, je kiffais grave. Après j'ai un peu moins accroché, mais pour des questions de forme plutôt que de fond, et puis aussi ça va avec ce dont on parlait tout à l'heure, les désillusions. Quand j'étais jeune j'idolâtrais des gens comme ça, et après en grandissant on ne peut plus idolâtrer grand monde parce qu'on devient plus lucide. Donc ouais il y a une référence à Squat, il y a celle-là (rires). Des références à des rappeurs il n'y en a pas beaucoup... il y en a une à Akhenaton, dans Amnésie, j'ai repris une phrase de lui : "J'envoie énormément de MC à l'ANPE".


C'était dans quel morceau ?

Sept : C'est Le nouveau président. A la base il le dit dans un break, tu peux le scratcher... mais j'avais pas le disque avec moi, alors je l'ai redit moi-même. Au début, je voulais le scratcher, depuis longtemps. (avec une grosse voix) "J'envoie énormément de MC à l'ANPE" (rires). Trop fort.


Tu lâches quelques phrases chargées sur les flics tout au long de l'album. Qu'est-ce que tu penses de ce qui arrive à La Rumeur, attaqué en justice par le ministère de l'intérieur ? Est-ce que tu t'imagines toi-aussi attaquable ?

Sept : Déjà, dire ce que je dis sur les flics, ou même ce que dit La Rumeur même s'ils sont attaqués, c'est quand même beaucoup plus facile ici que dans la plupart des pays, ça il faut bien l'avouer. Par exemple en Tunisie, des journalistes disparaissent, etc... Donc on a quand même cette chance, mais ce n'est pas parce qu'on est conscient qu'on a cette chance qu'il ne faut pas le dire non plus. Il y a quand même des choses à dire et on a la chance de pouvoir les dire, on est en démocratie, il faut en profiter parce que c'est fait pour ça. Après si on considère qu'on n'a pas assez d'élus qui nous représentent, il faut le dire nous-mêmes. Les flics c'est un petit peu un stéréotype, le problème c'est qu'ils correspondent à ce stéréotype... Quand tu les côtoies un peu, tu te rends compte que malheureusement il y a quand même des choses à dire sur eux. Et ils devraient être exemplaires ces gars-là, étant donné leur rôle, mais ce n'est pas du tout le cas. Donc voilà, il y a pas mal de trucs sur eux. Mais c'est un peu comme sur le rap, je n'ai pas eu envie et je n'ai pas cherché jusqu'à présent à trouver des thèmes vraiment originaux à mort, parce qu'aussi si je trouve un thème vraiment bien, et que je me le fais piquer comme je ne sors rien, je vais être vert. Maintenant que j'ai un peu plus l'occasion de sortir des trucs, je peux commencer à me pencher sur de nouveaux thèmes, même si je ne vais rien inventer d'extravagant... Tout a été traité. Jusqu'à maintenant au niveau des thèmes c'était le niveau zéro du rap, les flics ok, mais je ne suis pas le premier à faire un morceau sur eux.


Rien de nouveau dans le fond ?

Sept : Ouais dans le fond rien de nouveau, de toute façon que ce soit dans le rap ou dans plein de musiques. Ce qu'on dit là, Georges Brassens a pu le dire aussi, à sa façon. Mais t'as envie de parler de trucs qui te touchent, qui sont en rapport avec ce que tu vis, et quand t'as des problèmes avec les flics, ce qui peut arriver assez souvent, ça te saoûle... Tu sors de là-bas, t'as envie de cracher un machin, et tu le craches.


Sept Dans Con Citoyen tu t'es fixé un thème précis en te mettant dans la peau d'un personnage.

Sept : En fait je l'ai fait plusieurs fois déjà, dans Ego sans trique, dans Con citoyen, ... Con Citoyen est le plus récent, mais j'en ai fait un autre qui ne sort que maintenant mais que j'avais fait avant, qui s'appelle Plein aux as, sur Fonkdamental de Steady. Là je me mets à la place d'un patron de multinationale, un truc comme ça. C'est aussi une façon de rendre le thème plus vivant, c'est marrant de tourner le truc en dérision plutôt que de se positionner comme la personne qui critique. Pour revenir à Con citoyen, j'ai eu envie de l'écrire par rapport à des gens que je croisais dans le métro quand je fraudais, qui avaient des réactions genre (avec une voix de vieux) "c'est une honte" etc... Alors qu'il y a des trucs quinze fois plus honteux, et qu'est-ce que t'en as à foutre que des mecs fraudent ? Moi je m'en tape personnellement quand je vois des gens qui fraudent une entrée alors que moi je paye, ça veut dire que moi j'ai les moyens et eux ne les ont pas, et en plus ils prennent un risque... Donc plein de réactions à la con comme ça, genre tu colles des stickers et une vieille rombière sapée en Yves Saint-Laurent te demande si tu n'as pas honte, alors que tu fais ton disque, tu n'as pas les moyens de te payer de la publicité donc tu colles des stickers... C'est pas du gros vandalisme quand même. D'ailleurs quand cette même personne voit tous les espaces visuels et auditifs pollués par la publicité "légale", elle ne s'en plaint pas, et je suis persuadé qu'elle ne se fait même pas la réflexion ; ça lui semble normal mais nous, non ! On n'a pas le droit ! Toutes ces pauvres réactions qui sont basses et trop minables, ça m'a trop saoûlé, et donc j'ai eu envie d'écrire un machin sur ça, c'est parti de ça. Ensuite j'ai eu envie d'un peu plus développer. Apparemment ça passe mieux auprès des gens.


C'est peut-être plus accrocheur car plus ciblé...

Sept : Sûrement, parce qu'apparemment il y a des personnes qui n'avaient pas trop accroché sur d'autres morceaux dont on a parlé avant et qui partaient plus dans tous les sens, et qui accrochent plus sur ça. Ca ne veut pas dire qu'il faut le faire pour ça, mais c'est dommage de s'enfermer dans des textes trop obscurs, pour le bien du message il faut qu'on puisse le comprendre et pas uniquement ceux qui ont fait des études.


Il existe en tout cas un public vraiment sensible aux textes de l'album tels qu'ils sont.

Sept : Ouais, c'est clair qu'on t'aime pour les mêmes choses que celles pour lesquelles on te déteste. Je sais que La Rumeur par exemple ils ne font pas la même chose que moi, mais c'est plus ou moins les mêmes thèmes mais abordés d'une façon plus compréhensible je pense.


C'est lié à la facon d'écrire ?

Sept : Oui dans la façon d'écrire c'est plus accessible, c'est plus compréhensible, et c'est important. Et je n'avais pas non plus l'envie d'avoir le rôle du gars qui fait des trucs alambiqués, j'avais aussi envie que ce soit plus clair. Même si à mon avis avec les textes un peu complexes, tu comprends par des phrases par ci par là de quoi ça parle, même si tu n'as pas tout saisi. Quand j'écoute des morceaux d'autres personnes, même quand ils font des textes de ouf, il suffit que je comprenne quelques phrases par ci par là et je vois un peu où ils veulent en venir. Con citoyen ça a cet avantage-là, c'était marrant, c'était aussi un peu moins lourd, et avec de l'humour. Mais je ne pourrai pas m'empêcher de continuer à faire des trucs lourds, ça c'est sûr (rires). Ce qui est pas mal aussi en ayant fait un morceau comme ça, c'est que je ne suis pas tout le temps à me prendre la gueule non plus, des fois je déconne, je suis vachement plus léger... Ca reflète finalement une autre facette de ma personnalité.


"J'compte mes certitudes sur les doigts de la main" : quelles "certitudes" pourrais-tu donner ?

Sept : C'était en général. "On est en vie", "t'es brun" (rires)... "Sur les doigts de la main" c'était juste une façon de parler, pour dire en gros que y'en a vraiment peu de réelles certitudes. Justement la dernière fois j'étais en concert et je voulais leur en sortir deux ou trois, mais je n'ai rien trouvé de spécial, des conneries (rires). Puisque finalement il y a des choses dont on a toujours été sûr et certain, et un jour on apprend qu'on s'était complètement planté depuis des années, il y a très très peu de réelles certitudes. Même sur soi-même en fait, on apprend à se connaître, on se fait parfois des illusions sur soi-même.


Ce genre de texte fait contrepoids à d'autres plus affirmatifs, comme dans Nécropole où tu dis "J'alimente pas la paranoïa j'plante des vérités".

Sept : Ouais exactement. "J'alimente pas la paranoïa j'plante des vérités"... C'est la façon dont je ressens les choses, mais je peux très bien me planter sur pas mal de choses.


C'est bien de le dire...

Sept : Ouais, c'est bien, mais ça paraît évident d'un certain côté. Tout ça c'est ce qui te sort, à chaud en plus en général. Et c'est pour ça que je mets pas mal de temps à écrire mes trucs, des fois quand j'écris des choses à chaud et que je reviens dessus, je me rends compte que j'ai dit des conneries. Ca m'est arrivé comme tout le monde de dire des conneries, et d'en écrire aussi. Heureusement que tout n'est pas sorti tout de suite ça m'a permis de m'en rendre compte et de corriger mes textes.


On imagine que tu passes beaucoup de temps sur les textes...

Sept : Franchement ouais. Au bout d'un moment en général, ça me convient et j'arrête là. Mais ça m'est arrivé d'avoir fait un truc qui me convenait, et après de réfléchir sur ce que j'avais dit et de me rendre compte que j'avais dit des conneries, des trucs pas vrais, ou alors pas assez compréhensibles. Je suis revenu dessus et je les ai changés.


"Le sens détermine les rimes"... on pourrait presque croire que c'est le contraire tellement elles sont riches sur de nombreux passages.

Sept : A la base ce qui m'intéresse le plus c'est ce que je vais dire. Je pense au thème que je vais traiter, j'essaie de trouver des rimes en rapport avec ce thème. C'est toujours le sens qui prime, même si après justement tout le problème de cette écriture-là c'est de réussir à faire des rimes hyper riches et en même temps que ça veuille dire ce que je veux dire.


Ca fonctionne !

Sept : Ouais mais je me prends la gueule (rires).



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