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Intik Ce que vous dénoncez sur le gouvernement algérien, la justice ou l'armée dans des titres comme "Kayen ou Kayen" ou "Il était une fois l'Algérie" est-il dénoncé par les médias en Algérie ?

Youcef Seddas : Disons que les medias ils appartiennent à l'Etat, donc les journalistes les pauvres ils sont pris entre deux feux. Pas vouloir perdre son job, parce que c'est dur de vivre... Ils essaient de parler, en employant des métaphores (sourire), mais c'est dur pour eux, c'est un combat quotidien. Ils ont besoin de ce travail pour faire manger leur famille, ils peuvent pas laisser tomber leur travail ; juste pour un article ils vont les emmener en prison. Alors ils essaient de détourner le système un peu à leur façon, en faisant des dessins de caricatures... La presse n'est pas libre en Algérie, et tout le monde est en liberté provisoire en Algérie, tout le peuple algérien. Tu ne sais pas ce que c'est la liberté, à n'importe quel moment tu peux mourir, crever en prison pendant 10 ans, personne va venir te chercher... y'a aucun droit, ni avocat, ni rien...


"Va le dire à ta mère", "Boumba", "Les disparus" sont des titres qui mettent directement en cause le GIA et les Islamistes : les gens dénoncent ces choses en Algérie ?

Youcef Seddas : En Algérie tout le monde est au courant mais personne ne parle. Les gens parlent entre eux au café, dehors etc. Tout le monde le sait : le gouvernement, la presse, le peuple ; mais tu ne parles pas, il faut qu'il n'y ait rien d'officiel, pas de papier noir sur blanc. Tu peux dire ce que tu veux, mais si t'écris un article, t'es foutu... Enfin ça s'est calmé : avant c'était toi et ta famille, maintenant ça va c'est juste toi (sourire). La liberté d'expression (silence)... c'est un mirage là-bas. Mais ça va s'arranger, ça va changer, plus de 75% de la population algérienne a moins de 25 ans. C'est malheureux de le dire, mais ces jeunes ont 2 solutions : soit se barrer du bled, soit faire une révolution. Y a une troisième solution, qui ne leur appartient pas, c'est le gouvernement, c'est qu'il y ait un bon gouvernement. Les gens qui sont derrière, ces généraux, qui ont le marché d'importation, qui raflent tout, faut qu'ils se retirent, qu'ils disparaissent... Ca va changer, encore 10 années et ça va changer. Quand j'aurais 37 ans...


Toi qui est ici en France depuis quelques temps, que penses-tu de la vision qu'on a ici de ton pays : est-elle juste ?

Youcef Seddas : Non. Là je vous décris ce qui ne va pas, mais dans mes textes je décris aussi ce qui va. C'est comme un match de foot, faut regarder les 2 mi-temps. Les médias ont plus tendance à parler de l'insécurité, de l'intégrisme, de l'islamisme.


On a vu Chirac il y a quelques semaines se rendre à Alger...

Youcef Seddas : Je ne crois pas à tout ça, y'a les élections présidentielles qui approchent, mais qu'ils arrêtent de nous casser les couilles. Pendant 10 ans, on a observé 10 ans de silence sur ce qui se passait en Algérie : 450 personnes égorgées et il n'a pas été sur les lieux. Y'a eu une catastrophe naturelle, et il y a été. T'étais où toi quand les gens étaient par terre, 450 personnes égorgées ? Voilà, mais qu'ils arrêtent, ils veulent récupérer la communauté maghrébine, Jospin est allé au Maroc, Chirac en Algérie... Qu'ils arrêtent de faire chier le monde avec leur politique à deux balles. C'est juste pour les élections. C'est "Président Academy" tu vois, faut tous les enfermer dans un loft (sourire), les candidats, les élus, et les filmer, les voir s'entretuer. C'est mon rêve (rires). Tu leur dis : "au bout, y'a la chaise, y'a le siège de président !". L'un dénonce l'autre, l'un connaît des affaires sur l'autre etc... Mafia politico-financière, trafic d'armes, mieux vaut pas rentrer dans ces détails...



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