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Sur "La victoire", le titre "Khalini" est un hommage à Raïnaraï, peux-tu nous en dire plus sur ce groupe ?

Youcef Seddas : C'est un groupe qui a fait de la résistance démocratique à sa manière, un groupe qui a apporté une touche moderne au raï, au début des années 80, c'est l'un des premiers groupes qui a commencé à chanter sur scène l'amour, les relations entre hommes et femmes, qui étaient tabou en Algérie. C'est un très bon groupe, ils avaient intégré une basse, une guitare électrique, un batteur, un accordéon, des violons, toute une section. Après, faute de moyens, avec les problèmes sociaux, le groupe s'est dissout. J'ai repris un refrain à eux qui dit "laissez moi pleurer sur mon sort". Je parle des artistes en général, je dis d'éviter d'être formaté, je leur dis "ça monte vite mais ça redescend plus vite", "faut faire gaffe". J'essaie de construire une carrière sur la continuité, je ne la vois pas sur 1 ou 2 ans, sinon j'arrête, ça veut dire que je n'aime pas ce que je fais. Pour l'instant et depuis que je suis tout petit, je me vois en train de chanter toute ma vie. Le jour où ça changera, où je me dirai "j'arrête de chanter dans 3 ans", alors j'arrêterai tout de suite. C'est dur la vie d'artiste (sourire)... Tu gagnes pas beaucoup d'argent, tu gagnes une fois là 3 semaines, et puis tu ne bosses pas, tu ne fais pas de concerts. C'est pas pour autant que je vais laisser mon travail : je fais coursier à côté, mais j'adore la musique, c'est le seul moyen pour moi d'exprimer ce que j'ai à l'intérieur. J'arrêterai jamais quoi... J'arrêterai quand il n'y aura plus de problèmes dans le monde (sourire). J'espère qu'un jour on vivra une seule journée en paix, où tu ne rencontres pas de problèmes, de vice, des gens vicieux ; l'argent a tout détruit...


Youcef Seddas Pour finir, comment tu vois aujourd'hui la situation en Algérie ?

Youcef Seddas : Disons qu'il y a eu une petite amélioration. Sur le plan de la sécurité bien sûr. Mais c'est pas en un an qu'on construit un pays, faut pas se braquer, je pourrai dire "oui c'est un gouvernement pourri !" mais non... Il y a eu ce nouveau gouvernement, qui a dérapé, qui a fait du zèle. Mais les Algériens, ils ont été tellement endoctrinés et malmenés qu'ils ne sont plus à la recherche d'un bon gouvernement, mais à la recherche d'un gouvernement qui leur fasse le moins de mal. C'est malheureux de dire ça. On attend, il y a eu des promesses comme toujours... et on attend. Les gens vivent mieux, sont plus en sécurité qu'il y a 3 ou 4 ans de cela quand il y avait le couvre-feu à 22h, tu flippais, quand t'entendais qu'à un km de chez toi deux familles s'étaient fait égorger... c'était la psychose, on passait les nuits à se surveiller, sur les terrasses avec des cocktails molotov, des briques, des parpaings... C'est pas un jeu, sauve ta peau. Tu ne peux pas partir de chez toi parce que tu ne sais pas où aller, c'est pas comme ici ou tu as l'assistante sociale etc... Tu sors de chez toi t'es à la rue, et t'es deux fois plus exposé au danger que chez toi. Donc t'es obligé d'être chez toi, tu fais la garde pour survivre... Mais on va voir, le gouvernement ça ne fait pas longtemps qu'il est en place. Moi j'ai tendance à être toujours optimiste, tout en pensant à l'extrême, en me disant "si jamais ça ne marche pas" : à ce moment là il faudra une révolution, et j'espère qu'on n'en arrivera pas là.


propos recueillis par PJ à Alençon le 01.02.2002
mise en ligne : 02.02.2002




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