Les sept membres du groupe liégeois Starflam combattent depuis une dizaine d'années
sur la scène hip-hop belge, par un rap mûr, sincère, et militant. Après un excellent
premier album sorti en 1997, le crew sort en mars 2001 un album extraordinaire et
pourtant passé inaperçu auprès du public français, "Survivant",
un des plus grands disques de rap francophone jamais sorti. Seg, un des cinq MCs
du groupe, a accepté de répondre à quelques questions par mail : interview de cet
excellent rappeur, partisan d'une musique franche et engagée, "à 200 à contre sens".
Cela fait pour la plupart d'entre vous une bonne
dizaine d'années que vous êtes dans le hip-hop, et on a pu voir que la presse hip-hop française
ne commençait à s'intéresser à vous que depuis la sortie en mars dernier de "Survivant" :
comment expliquez-vous cela et êtes-vous satisfaits des articles parus dans la presse sur
le groupe ?
Seg : Le premier album est sorti en Belgique en 1997 sur un label indépendant
(spécialisé en musique hardcore) et n'a pas trouvé de partenaire sérieux en France.
Pour notre nouvel album, nous avons signé un nouveau contrat avec une major qui nous
garantissait une sortie en France. Malgré un nombre inespéré d'articles plus que
positifs de la presse spécialisée (RER, L'Affiche, Radikal, Groove, Real, Tracklist etc...),
nous constatons que le marché français reste difficile à percer, peut-être trop
protectionniste et surtout gangrené par des histoires de "copinage".
De quel milieu social les différents membres du groupe sont-ils issus ?
Quelles sont les racines culturelles de chacun des membres de Starflam ?
Seg : Nous venons de milieux sociaux similaires (c'est à dire pas très élevés...)
bien qu'ayant pour la plupart des origines très diverses (colombien, équatorien,
zaïrois, portugais, russe, belge...). Nous sommes tous de Liège sauf AKRO qui est
Bruxellois. Nous nous connaissons et collaborons ensemble depuis 1992 (après s'être
croisés pendant des années aux mêmes concerts...). Nous avons chacun un parcours différent
mais complémentaire ce qui fait que nos racines culturelles sont très larges. Et elles
ne sont pas que musicales.
Aujourd'hui, pouvez-vous gagner votre vie en rappant ?
Seg : En Belgique, cela n'a pas l'air possible car le marché reste limité
(disque d'or = 15.000 copies...) et actuellement, nous ne vivons pas de notre musique.
Nous générons plus d'argent qu'avant mais les enjeux et donc les investissements sont
de plus en plus élevés. Au final, il reste pas grand chose et on est 7 plus les gens
qui bossent autour qu'il faut rémunérer d'abord... bref, c'est chaud. Certains travaillent,
d'autres sont au chômage et d'autres n'ont tout simplement pas d'autres revenus.
Kaer est d'origine équatorienne et rappe en espagnol. Est-ce que des titres comme
"El Diablo" ont eu un écho en Espagne par exemple, ou est-ce une de vos ambitions ?
Seg : Il y a une très forte communauté hispanophone en Belgique.
A l'époque du premier album, nous avons participé à un programme d'échange entre différentes
radios mondiales et nous avons reçu un résumé des appréciations internationales sur nos morceaux
et sur la fréquence des passages radios. "El Diablo" était un hit dans certains pays
d'Afrique et d'Amérique centrale !! Nous aimerions beaucoup tourner à l'étranger, pour nous
la langue n'est pas une frontière.
Musicalement, Starflam est vraiment au-dessus de la plupart des groupes de rap :
comment faites-vous vos compositions ? Quel est le rôle d'ALB par rapport à Mig One ?
Seg : Euh... d'abord merci.
Ensuite, nous composons de manière très différente en fonction des thèmes ou des instrus.
Ca part de l'un ou de l'autre et en fonction, les MC's qui sont emballés par le morceau
travaillent de leur côté et montent ensemble le morceau (l'ordre, les refrains etc...).
Le rôle d'ALB se situe entre Miguel et le studio. Pour résumer, il assure une partie
de la production à domicile ce qui nous permet de nombreuses retouches sans devoir
forcément passer en studio. Ensuite, il est présent à toutes les étapes de l'enregistrement
et du mixage de chaque morceau. Enfin, il est également présent aux côtés de notre
ingénieur du son pour l'assister en concert.
Côté featuring sur "Survivant", en plus de Profecy
on retrouve Uman et Shyrock, mais aussi le chanteur belge Arno... peux-tu nous présenter
les deux premiers et nous raconter la rencontre avec le dernier ?
Seg : Uman est présent et actif comme nous sur la scène hip-hop et ragga belge
depuis plus de 10 ans. En plus de rapper dans "Lickweed", un groupe affilié 9mm Recordz (De Puta Madre),
il officie au sein du sound system "Bass Culture" depuis des années et a retourné toute la
Belgique en soirées reggae. Il prépare un album pour bientôt et ça devrait sortir en France
donc préparez-vous.
Shyrock est membre de "Postmen", un groupe Hollandais très connu avec qui nous entretenons
également de très bonnes relations depuis quelques années. Nous nous sommes rencontrés dans
de nombreux festivals. Ils dégagent une terrible énergie sur scène, digne de très rares
groupes américains.
Pour finir, Arno est une véritable légende chez nous et nous avions envie depuis longtemps
de lui proposer un truc. Il a directement répondu à l'appel. La rencontre était super sympathique.
Il se prend absolument pas la tête. C'est un grand monsieur.