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In Vivo est un nouveau groupe "rock" de la scène française. Vite dit, trop vite peut-être ! En effet, In Vivo, dont le premier album est sorti en janvier 2002, est un groupe qui ne se résume pas aussi facilement. Rencontre avec Djamal, chanteur de In Vivo, ancien rappeur de Kabal, qui livre ici tout ce qui fait ce groupe, l'un des plus remarquables qui soit.


Djamal Pour commencer, est-ce que tu peux revenir sur tes débuts dans le rap, avec Kabal ?

Djamal : On a commencé avec D' (l'autre rappeur de Kabal, ndlr) sur des instrus d'Ice T, je crois que la première c'était "That's how I'm living". On a écrit deux morceaux. On était des fans fondus d'Assassin, au premier rang dans la fosse, on tripait comme des dingues. Notre culture c'était bien sûr Assassin et NTM, en plus du fait qu'on soit de Bobigny, donc géographiquement voisins de NTM, puisque Saint-Denis est à une ville près.

Ca c'était les tous premiers temps. Avec ces deux morceaux là on est allé voir celui qui est resté avec nous pendant longtemps, qui s'appelle Professor K. On a donc été le voir dans son studio, on a mis le vynil, et on a fait les 2 morceaux, comme ça, juste la voix, sans micro. Il ne nous a même pas regardé, il nous a à peine écouté, on s'est dit "putain on est tombé dans un guet-apens, le mec il en a rien à foutre", et il a dit "bah revenez la semaine prochaine, y'aura mon frère". Son frère c'est Timour Cardenas, celui qui plus tard mixa l'album de Kabal "Etats d'âmes". On s'est pointé, pareil ils nous ont pas regardé, pas parlé pendant qu'on rappait. On s'est dit "putain c'est quoi ces deux rastas extra-terrestres ?".

Et ces deux rastas extraterrestres c'est des gens qui ont un coeur énorme, et qui nous ont permis de travailler et de faire en fait les 4, 5, 6 premiers morceaux de Kabal parmi lesquels il y avait "Fou à nier" qui est d'abord sorti sur une compilation municipale, "Pleins phares sur le 93000" avec plein de groupes de Bobigny : 357 Magnum Possee, Boss Raw, Boboch Impact, enfin plusieurs groupes comme ça : le SMJ fait son trip, ils t'invitent, ils te disent "on va sortir 1000 exemplaires en CD" ; donc nous on a mis "Fou à nier" sur ce truc là, avec une intro spéciale, encore plus tarée que celle du maxi.

Et puis après, une fois que le morceau avait un petit peu circulé, on a vraiment commencé, en autoproduction ; on a fait nos deux premiers morceaux autoproduits, alors qu'on avait un répertoire de même pas 10 morceaux probablement ; on a fait "Fou à nier", et "De la haine", réflexion autour de la haine, c'était le premier maxi vinyl, pas facile à trouver aujourd'hui parce qu'on l'a pressé à 1250 exemplaires et que de toute façon on n'avait pas la prétention d'en vendre plus, et au moment où on s'est dit que peut-être on devrait en represser quelques uns, on ne l'a pas fait parce qu'on s'est dit qu'on allait le garder comme collector... et puis un truc introuvable à 1250 exemplaires après tout c'est super. Donc ça c'était vraiment le tout début.


Et c'est là que vous avez rencontré Assassin...

Djamal : Oui, juste après : en fait nous on était tellement fondus d'Assassin que ça se ressentait dans notre musique, ça c'est sûr ; Prof K, son petit nom c'est Arlèn, nous a dit qu'il connaissait Doctor L (producteur d'Assassin, à l'époque, ndlr), et qu'il pourrait lui faire écouter nos morceaux ; nous on a dit "oh putain c'est d'la bombe, mais est-ce que c'est assez bien pour lui faire écouter ?". Donc Prof K s'est barré, on n'était pas avec lui, il lui a fait écouté, et il est revenu en disant "ouais ouais c'est bien, un de ces quatre il passera vous voir".

On a continué à bosser environ 1 mois ou 2 et un jour c'est Squat (rappeur d'Assassin, ndlr) qui s'est pointé au studio où on était, nous on était tremblant du genre (voix tremblante) "blablabla bonjour Rockin'Squat", on lui a fait écouter des trucs et il a dit : "Putain vous êtes tarés, c'est vachement bien ce que vous faîtes ; sur l'autre morceau vous êtes moins tarés et vous êtes plus militants et c'est mortel" ; on avait évidemment plein de choses en commun, et là on a commencé à entrevoir avec Squat le fait de pouvoir collaborer un jour dans je ne sais pas quel cadre mais en tout cas on s'est dit qu'on pourrait peut-être faire quelque chose.

Donc on était très flattés, et quelques mois après ils nous ont proposé de produire un maxi ; c'était en 1995, ils étaient sur le projet de sortir leur album "L'Homicide volontaire", et ils avaient aussi comme projet de sortir Ekoué et La Rumeur, mais ils ne l'ont pas fait et La Rumeur a été obligé de le sortir eux-mêmes ; Ekoué était en featuring sur l'album d'Assassin, et nous notre maxi "La conscience s'élève" est sorti en 1996 ; entre temps bien-sûr on avait rencontré Toty (DJ de Kabal, ndlr), qui commençait à faire des prods et qui scratchait comme un taré depuis 10 ans ; lui, son passé ? il était perdu dans le Lot, il était DJ de boîte de nuit déjà à 15 piges, il a passé son adolescence avec des platines. Puis il est "monté" a Paris pour s'installer.

La conscience s'élève Donc on se voyait chez Toty quand il était à Paris, dans une cave, on faisait énormément de freestyles, ce qui a fait qu'on a commencé à écrire beaucoup de textes et à avoir des choses à proposer évidemment à Assassin. Donc on a sorti "La Conscience s'élève" chez Assassin Productions ; ça nous a apporté beaucoup dans le sens où avoir le tampon Assassin c'était vachement intéressant pour nous, et dans le sens où on a eu la chance de collaborer avec Doctor L et Dawan pour faire les musiques, donc on a appris encore plus. Et Squat avait à l'époque dans l'idée de faire les concerts avec basse/batterie/guitare/DJ en 96 pour la tournée "L'homicide tour", mais par faute de temps et de budget il n'a pas mis ça en place, et il nous a proposé de faire la tournée avec lui ; on s'est dit "putain c'est une vachement bonne proposition faut absolument qu'on le fasse".

Evidemment on a porté les couleurs d'Assassin pendant tellement longtemps que c'est resté sur notre peau gravé pendant un certain temps, surtout pour les gens qui nous ont connu à travers Assassin... pendant vachement longtemps on était "les p'tits frères d'Assassin", "les ptits Assassin", "les cousins", tout ce que tu veux, et puis avec "L'homicide tour" on a fait le tour de France, on a trippé comme des dingues, et en rentrant de ça, on s'est dit avec D', Toty, Prof K, et les autres : "bon on fait péter notre album, on l'autoproduit, faut qu'on se démerde, on trouve une licence dans un petit label, et on fait notre machin".

Etats d'âmes On a tous pété la tirelire, surtout Arlène et Timour, et puis on a autoproduit notre premier album "Etats d'âmes", ce qui nous a pris trois mois à enregistrer, on a mixé, on a invité les gens qu'on voulait inviter, enfin je fais ça succintement, et ça a abouti sur l'album de Kabal.

Et cette fois on ne voulait pas d'autre manière de tourner qu'avec basse/batterie/guitare/DJ sur scène, on avait vraiment envie de le faire, on a contacté les gens, et on a dit : "soit on tourne comme ça, soit on ne tourne pas".

Et on a tourné comme ça et ça a tout changé. Ca a tout changé parce que le système deux DJs plus deux choristes plus trois rappeurs qu'on avait sur la tournée Assassin on l'avait exploité pendant longtemps déjà, on avait touché aux limites, on avait été au bout, et on en voulait plus, on était super gourmand : on voulait avoir un vrai bassiste, un guitariste, un vrai batteur, parce que là les énergies elles sont démultipliées, on se renvoie tous des trucs : quand tu regardes ton batteur ça n'a rien à voir avec quand t'écoutes un DAT ; le batteur tu lui fais un clin d'oeil il arrête le shirley, il continue, et ça ça donne vraiment quelque chose en plus, ça apporte plein de choses intéressantes.



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