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Avec Kabal, vous étiez vraiment différents, vraiment atypiques dans le milieu du rap français. Est-ce que vous avez cotoyé des gens dans ce milieu Hip-Hop ?

Djamal : Je ne sais pas exactement comment ça fonctionne le hip-hop français, parce que j'ai vraiment pas envie de savoir comment ça fonctionne. Ce que je sais c'est qu'on a eu des rapports avec des gens qu'on cotoie toujours. Namor et son groupe Prodige Namor à Marseille, on a fait un freestyle sur "Le traquenard" en 1996 avec lui : rapports cordiaux, respectueux, stakhanovistes, car c'est un gros bosseur. Evidemment Starflam. Evidemment d'autres groupes qui sont un petit peu moins connus, comme Légitime Défense Crew à Toulouse, ou encore Doudou de Timide et Sans Complexe, qui est vraiment un humain exceptionnel.

En fin de compte ce qui se passe c'est que si on a un bon rapport humain avec les gens, ça devient envisageable de travailler. Si le rapport humain est super bizarre je ne vois pas pourquoi on se mettrait à travailler ; et c'était ça l'idée dans Kabal, et c'est resté l'idée dans la vie de tous les jours, c'est à dire que si j'ai pas un truc qui se passe avec le voisin avec qui je parle, et bah voilà on va pas bosser ensemble, ça va être la galère. On va pas bosser pour bosser, c'est pas de la musique pour de la musique, il faut que ça représente quelque chose dans l'humain, et ça se retrouve bien-sûr dans les thématiques... enfin ce qu'il y a dans ma vie c'est dans mes textes, et ce qu'il y a dans mes textes c'est dans ma vie, et je fais en sorte que ce soit en adéquation, même s'il y a des choses dont volontairement je ne parle pas dans mes textes parce que ça fait partie d'une vie qu'on appelle privée, et je vois pas l'intérêt. Je trouve aussi idiot de raconter mes exemples très personnels que de dire "yo", "oi !", ou je ne sais pas quoi dans un morceau. C'est aussi banal et aussi stéréotypé.

Kabal

Donc oui on était différent. Pour continuer, on a rencontré Asheem dans le r'n'b. En fin de compte tous les gens qu'on a cotoyé on a bossé avec eux, puisque pour nous ça coulait de source. Après si on n'a pas bossé avec d'autres gens c'est parce qu'on ne les a pas vraiment cotoyés. Ekoué on l'a cotoyé souvent, on a bossé un petit peu, mais on n'a pas sorti quoi que ce soit ensemble. Je respecte beaucoup le travail d'Ekoué.

On apprécie aussi évidemment le collectif La Caution, c'est des gens que je respecte, j'aime beaucoup leur peura, je trouve ça mortel, et c'est vraiment différent du rap français. Mais de mon point de vue j'ai l'impression qu'avec Kabal on a été montrés du doigt comme des rockeurs puisqu'on a mis l'accent sur la guitare tout de suite, et j'ai l'impression que La Caution ont gardé un petit peu plus cette âme hip-hop, que nous on a perdu assez vite. Enfin c'est mon point de vue à moi, je ne sais pas ce que les autres en pensent. J'aime beaucoup La Caution. Nous si on a employé la guitare comme ça c'est parce qu'on faisait du rap qu'on considérait comme "hardcore" par rapport à ce qu'il y avait sur le paysage français, et que pour nous le hardcore sans guitare électrique c'était... bah voilà au bout d'un moment tu peux pas être très très hardcore avec un piano et des violons (sourire).

On a croisé des groupes comme Lofofora, Watcha, Black Bomb A... Moi les Black Bomb A la première fois que je les ai vus, je les ai vus avec des t-shirts Kabal, j'ai dit "putain mais c'est quoi c'est du délire, faut absolument que j'aille les voir sur scène". Hier on a vu un mec avec un violon (Yann Tiersen, ndlr), demain ça peut être un gars avec un accordéon, j'en ai rien à secouer, si ce qu'il dit est intéressant, s'il aime la Musique avec un grand M, alors y'a moyen de faire quelque chose, de tripper, de faire une expérience ensemble, alchimique, et de voir si la mayonnaise prend, si tout ça c'est que de l'esbrouffe ou si c'est pour de vrai.

Y'a moyen de faire des trucs super intéressants avec des gens qui sortent de partout. Comme Marc Ducret, qui est un guitariste complètement barré, avec qui on a fait le morceau "L.U.I" sur "Etats d'âmes" ; ce mec là il est complètement taré mais c'était vachement bien de le rencontrer, ce qu'il fait ça n'a rien à voir avec ce qu'on fait, et pourtant... C'est à dire que dans la forme, évidemment non, mais, dans le fond, c'est exactement la même chose, vraiment l'amour de la musique avec un grand M. Et quand t'aimes la musique, t'aimes un guitariste, t'aimes un bassiste, t'écoutes le reggae, t'écoutes la techno, même si c'est pas ta came, si t'en prends pas tous les jours comme un ouf, bah tu peux écouter, trouver ça intéressant. Et c'est pas "oui je respecte le boulot qu'il a fait", c'est "ouais je trouve ça bien, ça me parle". Parfois ça parle à mon corps, d'autres fois ça parle à ma tête... La réaction à la musique c'est assez animal, tu le sens ou tu le sens pas, et après tu commences à y penser.



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