liste des interviews pages 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11


Et comment s'est faite la rencontre avec Lofofora : Kabal écoutait Lofo ? Lofo écoutait Kabal ?

Djamal : Lofofora n'écoutait pas Kabal, parce que je pense qu'on n'avait pas été jusqu'à leur oreilles, par contre Lofofora écoutait Assassin. On a aussi fait un concert en commun pour l'opération "Justice en banlieue" menée par le MIB (Mouvement de l'Immigration et des Banlieues, voir le site, ndlr), c'était à La Cigale. Y'avait Fabe, y'avait Assassin, Kabal, et aussi Lofofora... Lofofora, ils se sont pointés, ils n'ont pas fait de balances, ils ont branché leurs instruments, ils ont fait leur concert ; je suis resté sur le côté, j'étais scotché, j'ai dit "putain mais c'est quoi ce truc de dingues ? c'est une machine de guerre incroyable, ils sont super dangereux !". Et j'ai compris direct ce que disait Reuno, le chanteur de Lofofora.

Reuno et Farid - Lofofora
photo chopée sur membres.lycos.fr/hardcoremsf

Beaucoup plus tard, il s'est avéré que le fait de travailler avec basse/batterie/guitare ou DJ, ça nous a amené à travailler avec des tourneurs qui ne faisaient pas tourner des groupes de rap, mais des groupes de rock, donc on s'est retrouvé avec comme guitariste Pascal, qui était le guitariste du premier album de Lofofora. Et on verra plus tard que In Vivo maintenant c'est Farid, guitariste de Lofofora, qui se retrouve là, donc c'est un peu comme si je recyclais les guitaristes de Lofofora (rires).

Donc Pascal était avec nous, et ils nous a présenté l'équipe Sriracha (maison de production de Lofofora, voir le site, ndlr), c'est à dire donc Bouba, Bruno qu'on appelle Padre, et enfin Le lighteux qui s'appelle Yoda ; et avec ces trois personnes là il y a eu un feeling, et on s'est dit "pourquoi pas ?". Et eux ils étaient prêts à prendre le risque de la différence, ils disaient que notre rap c'était du rap mutant, du "rap mutant instrumental", voilà ce qu'on était pour eux. C'est drôle parce qu'en abrégé ça fait RMI (rires).

C'était très bien parce qu'on allait enfin pouvoir toucher autre chose que le public strictement hip-hop, et qu'on allait pouvoir élargir, surtout mélanger les publics. C'est ça qui était intéressant dans Assassin, c'est la même chose dans le public de Cypress Hill, c'est que les gens rock/rap se mélangent, et tu ne sais plus qui fait quoi, qui écoutent quoi, et tout le monde kiffe, et c'est ça qui est intéressant.

Donc voilà avec Lofofora on s'est retrouvé dans les mêmes locaux de répèt', on se croisait, on se témoignait mutuellement respect, et de fil en aiguille on s'est dit qu'on allait essayer quelque chose. Sur l'impulsion de Lofofora on est partis en Belgique faire deux titres ensemble ; on était censé en faire quatre, on voulait sortir un maxi, mais la maison de disque de Lofofora a dit "au secours pas Kabal et Lofofora, quatre titres c'est un suicide collectif, vous allez vous morfler dans le mur, on n'en vendra jamais", puisqu'effectivement faut qu'ils vendent des skeuds pour pouvoir les fabriquer, c'est normal, ça reste QUE du commerce leur affaire. Et donc c'était pas quatre mais deux titres, on n'avait pas de budget, et comme ils ne voulaient pas le distribuer, on a été obligé de le distribuer nous-mêmes, de les presser nous-mêmes, et encore une fois Sriracha ont pris le risque de presser, de mettre les sous.

Donc on a fait ce fameux deux titres "Grand et fort / La bête", qui était vraiment une rencontre entre les deux groupes, c'était très très intéressant, surtout les dix - quinze dates qui ont suivi après, où on faisait la première partie de Lofo, et on revenait à la fin du show pour faire les deux morceaux qu'on avait ensemble, et ça c'était une machine à laver que j'oublierai jamais. Dans un concert de rap c'était très très rare qu'on finisse torse nu. Dans les concerts avec Lofofora tu supportes même plus ta peau tellement il fait chaud (rires), t'as envie de te retourner comme une chaussette tellement t'as chaud.

Donc c'était vachement bien, les gens étaient ouverts, c'était assez festif, ça nous a amené plein de choses. Tout ce que je suis en train de vous raconter jusqu'à maintenant, c'est ça qui est constitutif de la trame... Pour moi In Vivo c'est la suite, tout ce que je dis plus plus plus... égal In Vivo, égal le moment présent.

C'est ce que j'ai vécu jusqu'à maintenant qui m'a amené à collaborer à In Vivo, et je dis bien collaborer, parce que c'est vraiment le projet solo de Farid de Lofofora. Et Farid, pour son projet solo, il a invité plein de rappeurs, sept, huit, neuf,... Tous les gars de "Perturbations" : Antagony, Otopsia, Kabal, etc, on a fait des freestyles sans fin, des trucs de fous, dingues, et petit à petit on a continué à bosser et il s'est avéré que le feeling entre moi et Farid ça feetait parfaitement. Il a grandi à un kilomètre de chez moi, on avait des affinités... on se connaissaient sans se connaître, c'est comme si on avait passé quinze ans ensemble. Je voyais ce qu'il voulait, je voyais les réactions et tout.

Farid

Et Denis était là aussi, parce que Farid était allé voir Denis, qui joue du sitar, de la guitare acoustique et du oud. Denis, qui est vraiment à mon sens un très grand joueur d'instruments à cordes, et qui nous apporte beaucoup dans la thématique de la musique indienne dans In Vivo.



page précédente pages 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 page suivante



© Acontresens 2002-2017