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Est-ce que Densio (Denis) faisait partie d'un groupe avant In Vivo ?

Djamal : Densio aime bien dire qu'il fait partie du groupe des invisibles ; dans le peura ça existe un peu moins des espèces de mercenaires qui jouent avec 6 groupes en même temps, qui sont capables d'aller jammer dans un bar, sortir du bar aller dans un autre et jammer avec des gars etc... Denis il faisait partie de ces gens là : il a joué de la musique camerounaise, du zouk, il connaît tous ces classiques de death metal, de rock, de Led Zepellin, les Clash et tout ça ; enfin il a vraiment une culture musicale super super impressionante, et en plus de ça la musique indienne et l'electro-indy et tout ce genre de trucs là.

Le second aspect de Denis, mis à part son côté jam et mercenaire de la musique, c'est qu'il travaillait dans le quartier de Pigale à Paris qui est le quartier des musiciens, disons qu'il y a beaucoup beaucoup de magasins de musique, autant pour l'électronique, et surtout pour les guitares ; donc lui travaillait dans un magasin de guitare, son boulot c'était de faire de l'export de guitare, de vendre les guitares, de régler le son des guitaristes, de leurs amplis, de régler leurs guitares, et du coup il a brassé tous les guitaristes de Paname, de No One Is Innocent jusqu'au bassiste de Lofo, Farid, Pascal l'ancien guitariste de Lofo qui est passé dans Kabal etc etc...

Donc il connaissait tous ces gens là et il a fait plein plein d'apparitions, et il réglait le son des gens sur scène, même en concert parfois quand des Américains se pointaient il aidait à régler le son par rapport à la salle, enfin des conneries comme ça. C'est vraiment le petit laborantin du son qui est capable de te dire de quelle année est l'ampli, que ça c'est pas un truc d'origine dans la guitare, qu'il y en a eu 120 faites en 1961, que c'est une réplique qui a été refaite en 1968 etc... enfin c'est un truc de fou quoi. Il connaît ça vraiment sur le bout des doigts, c'est son truc.

Il connaît les guitares sur le bout des doigts, plus tard ça a été le sitar, un autre instrument qui s'appelle le Sarangui où tu frottes sur une corde avec un archer, et les vibrations de la corde ça fait un peu comme le sitar. Le sitar c'est en fait une dizaine de cordes sur le dessus que tu peux toutes gratter, et en dessous un espèce de tapis de cordes qu'on dit "sympathiques" qui résonnent aux vibrations des premières que tu grattes. Et en fait c'est ça qui donne l'espèce de bourdon continu du sitar, c'est les harmoniques qui résonnent entre elles dans l'instrument, c'est complètement dingue d'avoir autant de cordes sur un truc, mais ça fait tout résonner ; donc ça ça fait aussi partie de ses connaissances.

Djamal et Densio

Et c'est aussi avec Denis, et bien moins avec Farid (sourire), que j'ai travaillé mes premières gammes, mes do-ré-mi-fa-sol-la-si-do, parce que moi j'étais complètement à la masse ; pour moi le rap c'est du rap, à l'époque j'écrivais un texte, tu me mettais trois instrus les unes à la suite des autres et j'essayais mon texte sur les trois instrus, j'essayais de savoir où est ce que ça collait. Maintenant je ne fonctionne plus du tout comme ça : j'écris le texte par rapport aux notes qu'il y a dedans, comment je peux jongler avec les instruments, avec Denis c'est ce travail qu'on fait vraiment dans In Vivo, je l'avais pas fait jusqu'alors, c'est vraiment un travail de musicien dans le vrai truc : faut que j'aille prendre des cours de chant, que je fasse attention quand je lève et que je baisse la tête, y'a plein de trucs, parce que cette fois-ci si tu fais une fausse note bah t'as deux guitaristes qui font la grimace, et toi tu fais "ah bon d'accord si tu fais la grimace c'est que..." (rires), on le refait, on le retravaille; t'écoutes et puis tu te cales, et ça devient intéressant.

Pas dans tous les morceaux : dans le morceau "Tribus" d'In Vivo je peux pas dire que je chante, par contre on peut dire que dans le morceau "Deux" ça s'en rapproche plus, la version live de "Deux" on l'a pas faite hier mais elle existe aussi, dans "Khol" ça se rapproche plus du chant aussi ; autant je me sens super à l'aise dans un "Tribus", autant je fais super gaffe aux notes que j'emploie dans les morceaux chantés, puisque j'suis vraiment disons une baltringue du chant et faut que je fasse très très gaffe parce que y'a des gens qui rigolent pas à côté de ça. Mais bon c'est pas mon créneau, mais d'un autre côté ça apporte tellement de choses et tellement d'harmoniques, de mélodies qui peuvent sortir, que j'ai vraiment envie d'aller beaucoup plus loin et de tripper. Je fais pas de parallèle vraiment avec Everlast qui est parti faire son truc à la guitare-pop, qui s'est mis à mettre des bottines et tout ça, mais pourquoi pas ?

Parce que la démarche est vachement intéressante, maintenant je ne suis pas là pour suivre ces machins, j'essaie de débrousailler mon chemin, mais je trouve ça intéressant de pouvoir continuer, d'apprendre à chanter, en plus d'avoir le background du rap et du moyen d'expression qu'est le rap, du témoignage que c'est, des flows rapides/lents machin, d'avoir en plus la corde des notes à son arc c'est vachement intéressant, comme certains groupes, Bones Thugs and Harmony, ils viennent de Los Angeles, espèce de gansta rap, le nom de leur groupe c'est "des os, des saloperies, et l'harmonie", et en fait c'est des anciens chanteurs de gospel qui rappent deux fois plus vite que la moyenne des rappeurs, qui sont au moins aussi rapides sinon plus rapides que Busta Rhymes, et qui en plus de ça chantent à te jeter par terre. Je vous invite à l'écouter, parce que techniquement ça va loin, et moi Bones depuis très longtemps ça a été un des groupes que j'écoute beaucoup, parce que bien que ce qu'ils disent ça ressemble à rien, ça m'a empêché d'écouter NWA, Ice Cube, ou Dr Dre qui raconte n'importe quoi aussi, mais je trouve ça intéressant artistiquement, y'a des choses à prendre ; je reproche pas aux Beatles d'avoir chanté "Yellow submarine", ils font ce qu'ils veulent, maintenant s'ils le font bien c'est intéressant puisque y'a des idées, et puis la musique ça reste de la musique, après chacun fait son choix.

Et puis par rapport à la thématique chacun fait son choix... surtout je pense que c'est nécessaire pour donner une raison d'être à ce que tu fais, dans la musique. Il faut que les autres fassent autre chose, donc forcément il faut que tu fasses autre chose. Sans les autres t'arrives pas à être différent, donc forcément t'as besoin de bon et de pas bon. C'est la fameux truc de "Tribus", de Arnold et Willy : "faut de tout pour faire un monde". C'est vrai, d'accord... Bon j'suis pas à donf dans tout ce qu'il faut pour faire le monde, mais c'est vrai que d'un autre côté, par définition, si on peut pas dire "ça c'est moins bien que ça ou mieux que ça"... il faut des points de comparaison pour pouvoir raisonner, ça me paraît logique.



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