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On a l'impression que Densio entretient une relation particulière avec ses instruments.

Djamal : Alors y'a plusieurs choses : oui il a un rapport physique avec ses instruments. Déjà le sitar, si tu le laisses un quart d'heure dans une pièce où il fait pas la même température que dans la pièce d'avant il se désaccorde, t'en as pour un quart d'heure à tout réaccorder parce qu'évidemment, c'est pas 6 cordes de guitares, y'a plus de 20 cordes à accorder, et puis si elles sont pas bien réglées elles ne résonnent plus correctement selon le principe des cordes sympathiques dont j'ai parlé tout à l'heure.

Et il y a aussi un autre aspect, c'est qu'on a une espèce de galette sur scène, un espèce de pad. Je dirai pas la marque, je dirai juste le prénom du gars il s'appelle Roland (rires). C'est un pad qui simule des sons de tabla, de machins, tout ce que tu veux, guitare électrique, enfin c'est une espèce de banque de son quoi ; y'a aussi un capteur sur le pad, donc tu peux taper sur le truc en temps réél, et il te renvoie l'impulsion que tu mets dedans ; et il a aussi un espèce de capteur invisible sur le truc, infrarouge, et lorsque ta main est au-dessus du capteur à une certaine hauteur, tu déclenches une note, et lorsque tu varies la hauteur de ta main par rapport au capteur tu changes la note.

C'est pour ça que parfois il a une espèce de geste bizarre au-dessus de sa galette de chez Roland, parce qu'il joue avec le capteur ; c'est aussi ça qui déclence l'orage dans "Les singes", quand on est sur scène, y'a un orage qui pète au début, il sort de nulle part, c'est Denis qui a sa main au-dessus du truc et c'est l'orage qui sort. C'est super pratique : il n'a pas besoin de lâcher son truc, il peut délirer comme ça, faire un machin à la guitare, délirer avec le petit capteur et reprendre sa guitare, et on a trouvé ça super pratique. Et puis visuellement ça le fait. Y'a d'autres engins, dans la techno ils ont pas mal ça les DJs, des espèces d'antennes, lorsque t'approches ta main de l'antenne tu fais varier la fréquence, tu peux vraiment délirer avec ça. Mais effectivement il a un rapport super physique avec les instruments, il pionce avec son sitar, se lève avec son sitar, il est à donf.

Densio avec son maître
photo chopée sur www.invivo-musica.com

Au départ, Farid a donc invité tous ces rappeurs... mais comment vous en êtes venus à In Vivo ?

Djamal : Farid avait pas du tout l'idée d'In Vivo quand il a invité les rappeurs ; y'avait pas de nom. On faisait des morceaux pour faire des morceaux. Au début, lorsqu'on était plusieurs, un bon paquet de rappeurs, on s'était dit avec Farid qu'on pouvait appeler ça "huis-clos" ; mais en fin de compte "huis-clos" c'est juste l'inverse d'"in vivo" dans la symbolique (sourire).

Mais c'est sûr que les premiers morceaux qu'on a fait ne reflétaient pas l'état d'esprit d'In Vivo, on n'avait pas encore compris ce qu'on était en train de faire. On ne sentait pas ce qu'il fallait tirer comme choses. Et puis lorsqu'avec Denis on a commencé à parler et à faire plus de morceaux, on s'est dit ça y est on a notre sauce, on voit ce que c'est, In Vivo c'est positif, c'est pas positiviste, c'est pas genre "tout est super", c'est "y'a du super aussi".

Et c'est ça pour moi le grand changement dans les paroles par rapport à Kabal et à mon passé, c'est que maintenant faut mettre un coup de stabylo sur le positif et sur le beau parce qu'on est en train de tout rater, et ressasser du noir dans sa bouilloire et dire "ouais tout est noir, c'est chiant, y'a de la merde, ils nous prennent pour de la merde etc etc...", c'est con parce que ça peut te faire vivre malheureux alors qu'il faut vraiment pas rater la fleur qui éclot, le soleil qui se lève, et machin ; ça paraît super niaiseux ce que je dis, mais c'est vrai.

Farid et Djamal


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