Djamal : Moi en plus de ça, me dire qu'on va alimenter la machine en gros sous et tout, ça me tente pas,
je veux qu'on fasse des trucs efficaces avec les vrais gens, et j'aimerais et ils aimeraient
aussi qu'In Vivo ça gonfle et que ça vienne de la rue, et que ça vienne du public. Parce
qu'on n'a vraiment pas envie de se servir du biais de la maison de disques pour se mettre
au-dessus du lot, parce que le lot il nous correspond pas ; le lot en question, faut pas
qu'on s'y mette ça va nous desservir ; donc vraiment on veut que ça vienne de la rue, du public,
et notamment d'internet, parce que franchement ça bouge beaucoup pour In Vivo sur internet.
Je trouve ça assez étonnant, vu le nombre de disques qu'on vend et les réactions qu'il y a,
je trouve que ça se passe et que vraiment y'a un créneau de la rue, des vrais gens ; on
parle comme ça avec les gens de la maison de disque, on dit "nous on veut des vrais gens,
des vrais gens" ; on a fait un concert à Paris où on a invité 300 personnes, pour moi
c'était obligé qu'on ait des vrais gens, obligé... Donc forcément à donf sur le site internet,
gagnez des places, écrivez-nous machin ; et les gens qui ont mis le plus le bordel,
qui étaient le plus contents d'être là, et qui connaissaient le mieux les lyrics etc etc,
c'est les gens d'internet, ceux qui sont venus par le biais d'internet, du vrai public,
des gens que tu touches et c'est du vrai, c'est pas du journaliste, c'est pas du gars qui
te dit pendant 10 jours "je viens" et qui vient pas, c'est pas le gars qui te dit "oh
j'ai aimé c'était super" et puis quand il parle à son pote 2 jours après il dit l'inverse etc...
c'est pas ça. Même si l'inverse existe. Et pour nous ça compte beaucoup.
In Vivo c'est en vie, la vraie vie, c'est ça le leitmotiv du truc. Et pour en revenir au label,
c'est vrai qu'on est tombé sur des vrais gens. C'est vrai c'est leur boulot c'est pas leur vie ;
c'est pas pareil parce que pour nous c'est et notre boulot et notre vie. Mais on arrive
à discuter et ça se passe bien, et puis quand tu prends un peu de recul par rapport à ce
que tu fais et que t'assumes... C'est pour ça que si demain y'a un morceau qui rentre
sur NRJ, sur Ouï FM, le Mouv' ou sur Skyrock, pour moi c'est bien, j'assume tout ce que
j'ai fait dans In Vivo ; et pourquoi je l'assume ? et comment on sait qu'on l'assume ?
Parce qu'on a mis notre gueule sur la pochette ; In Vivo c'est nous. Pas besoin de faire
des manières avec des capuches, des casquettes, des gestes, des machins, des décors etc.
On s'est dit ok y'a une fête en Inde où les gens s'envoient des couleurs une fois par an
pour remercier Shiva de leur avoir envoyé des couleurs, nous on a dit ok on trippe,
on a pris des couleurs, on s'est mis du safran dans la gueule, des trucs qui piquaient
à mort et tout, et puis on s'est dit voilà, nous on a déteint les uns sur les autres,
on a des couleurs. On l'aurait fait avec de la bombe c'était pareil, c'était le même
concept, mais bon avec le sitar ça feetait bien, musique indienne, pigments.
Voilà on a fait le truc, et on assume tout ce qu'on a fait tel quel, et dans un contexte
comme Kabal j'aurais jamais assumé de faire un morceau comme "Deux", alors que dans
In Vivo, c'était une épreuve, mais j'en suis très content. Je suis content d'avoir lâché
ce truc là. Il est ce qu'il est, il changera sûrement, peut-être que je le regarderai
autrement plus tard, mais je suis super content de l'avoir fait, et ça me fait du bien
de l'avoir fait, vraiment. Parce que ça représente quelque chose dans ma vie qui était
important, même si y'a pas que ça dans la vie non plus, mais l'amour ça compte vachement.
Les relations que tu peux avoir avec une femme ça compte vachement... ou avec un homme,
tu fais ce que tu veux. Et même dans l'amitié y'a beaucoup d'amour, j'ai des potes à moi,
on arrête pas de se dire je t'aime, vraiment. Par contre les autres ils flippent (rires),
mais nous on flippe pas, et c'est pas grave, "je sais que je t'aime", "t'es mon pote je t'aime",
"s'il t'arrive quelque chose je vais être triste", "si t'es plus là ça va pas bien".
Y'en a peu des vrais amis, même si tu te coupes deux doigts de la main tu pourras toujours
les compter, y'en a pas beaucoup. C'est eux qu'il y avait dans Kabal, des gens qui étaient
à l'école ensemble, et encore aujourd'hui c'est des gens avec qui on a cinq à dix ans de
vie plus ou moins commune. "J'ai confiance en toi entièrement, je peux te donner les clés
de chez oim et puis partir pendant trois mois, je sais qu'il y a rien qui va bouger, j'ai
super confiance en toi et tout va bien " . Ca c'est super important. Moi je pense que
c'est ce qui change tout. L'amour il faut en parler, et dans Kabal c'était très difficile
de parler d'amour.
Pour le coup, "Deux" est un très beau morceau...
Djamal : Par rapport au hip-hop et à ce que j'écoute moi et à ce
que je faisais avant , ça correspond pas à grand chose. Par contre par rapport à moi, très très
personnellement, et In Vivo... Je vous raconte une anecdote sur "Deux". Denis et Farid ils
font l'instru, ils me la donnent, j'écoute, "ouais c'est mortel, super, nananin...". Tu vois
l'instru comment elle est (chante l'instru), en cinq temps un peu comme une valse, donc
pas du tout comme du peura, et puis assez péchu, la batterie à mort et tout. Et moi je
redescend un texte sur une histoire d'amour, enfin une histoire d'absence sur l'amour,
à mon sens. Et Denis il a mis 48 heures à s'en remettre. (avec une voix triste) "Mais pourquoi
t'as écrit ça, mais mais qu'est-ce qui t'as fait penser à ça ?" (rires). Tu sais il avait
fait autre chose "Mais comment t'as fait pour l'interpréter comme ça ?" ; il a mis
48 heures à s'en remettre.
Et puis le troisième jour, en fait voilà ce qu'il s'est passé pour finir l'anecdote
sur "Deux" : c'est qu'on l'a fait écouté à la petite amie de Denis, et d'autres gens
étaient là, on était, je sais pas, six dans la pièce, et on était trois en larmes...
On s'est dit "ok stop, c'est bon", c'est une bonne raison voilà, s'il a mis des gens en larmes,
c'est que ça le fait. Et y'a le côté aussi, ce que tu vois quand tu me regardes,
et ce que tu entends dans "Deux", ça peut-être contradictoire, et pour des gens
qu'on ne connaissaient pas bien, ils ont dit "ho comme c'est touchant, comme c'est
touchant cette sentimentalité dans cet être qui gueule tout le temps, et machin et machin",
donc y'a ce côté là aussi, c'est "mièvre" l'adjectif, c'est "ho il était dur mais
maintenant il est doux c'est super" (rires), tu vois y'a ce truc là. Mais pour moi
ça change rien.
Quand j'avais le couteau dans la bouche j'avais quand même des petites amies, j'étais
quand même amoureux... "Deux" ça compte beaucoup, "Ashram" ça compte beaucoup, "Télescope"
ça compte beaucoup, et "Tribus" et "Kidiz" ça compte beaucoup. "Kidiz" c'est vraiment
la cour de récréation, on s'est dit (avec une voix sournoise) "ouais on s'en fait
un comme ça !" (rires). Et sur scène c'est le trip, c'est l'avalanche ! Je l'aime bien "Kidiz".