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Comment se présente aujourd'hui la politique du gouvernement britannique concernant l'immigration ?

Pandit G : De plus en plus mal...
Dr Das : Comme en France, en Autriche, ou en Italie, peu importe...
Pandit G : Récemment Blair est venu en France voir Chirac, et ils ont participé à un meeting de l'Union Européenne visant à harmoniser les politiques d'immigration ; l'ensemble des frontières des pays de l'Europe devient de plus en plus hermétique, et nous n'aurons pas notre mot à dire… Ils déterminent quelles migrations peuvent se poursuivre : qui, quand et pourquoi. Mais le vrai problème est que tous ces pays rencontrent une insuffisance dans des domaines précis de l'emploi, et ils ont donc besoin d'un certain type d'immigration. Et ce qu'ils souhaitent, c'est avoir dans chaque pays un certain pourcentage de travailleurs immigrés sans droits, ni civils ni politiques, et donc sans aucun pouvoir, mais qui n'ont pas le choix et sont obligés de travailler pour survivre. Cela se rapproche véritablement de l'esclavage. Les Anglais ont tenté après l'abolition de l'esclavage de mettre en place un système où des ouvriers venant d'Inde et d'Afrique devaient travailler en se voyant promettre quelque chose à l'arrivée… qu'ils n'obtenaient jamais. Ce genre de pratiques sont observables aujourd'hui dans des exploitations agricoles du sud-ouest de l'Espagne, mais aussi en Italie ou en Angleterre.


Et c'est un problème dans tous les pays dits développés…

Pandit G : Bien-sûr, et c'est le moyen qu'ils utilisent pour contrôler le marché du travail. Et c'est pourquoi, au bout du compte, en tant que radical ou progressiste, la seule réponse que l'on peut donner à ça est qu'il devrait n'y avoir aucun contrôle de l'immigration, nulle part. La liberté de circulation devrait être totale. Et c'est la seule manière de relever le défi de la mondialisation : liberté de circulation, et droit d'assistance et d'aide à l'arrivée dans un pays.
Dr Das : Les gouvernements définissent systématiquement l'immigration comme un "problème". Si vous n'offrez rien aux personnes les plus pauvres dans votre pays, désigner l'immigration comme étant un problème est un excellent moyen de distraction hypocrite, loin de ce que devrait être la responsabilité et l'engagement de l'Etat pour créer les meilleures conditions de vie possibles pour les populations. Bien-sûr, les gros titres nous disent : "ce sont ces gens là qui sont responsables de tout ce qui ne va pas dans votre vie", mais nous n'avons jamais de véritables analyses. En vérité, combien coûtent réellement tous ces immigrés au pays ? Personne ne le dit. Personne ne dit que la grande majorité des pays européens ont ou projettent pour les prochaines années des insuffisances dans l'emploi, et ils auront forcément besoin de monde… Personne ne dit non plus que de nombreuses personnes arrivant en Angleterre ou en France de pays en état de guerre ou sous un régime répressif fuient des conflits ou des gouvernements qui ont été soutenus ou financés par ces mêmes pays qui les accueillent : les ventes d'armes rapportent certainement des milliards… Et quand ces réfugiés politiques arrivent, ils doivent batailler pour obtenir des aides et une assistance.


L'exemple le plus frappant est sans doute celui du conflit indo-pakistanais au Cachemire…

Dr Das : Il serait temps que les Anglais arrêtent de vendre des armes...
Pandit G : Le gouvernement anglais a autorisé la vente d'armes dans les deux camps, autant à destination de l'Inde que du Pakistan, depuis le début du conflit. Le Royaume-Uni et la France sont parmi les plus gros vendeurs d'armes, ils sont responsables d'encourager par ces ventes des conflits, en particulier dans le nord-ouest de L'Afrique, en Côte d'Ivoire par exemple. Sans armes, il n'y a pas de guerre ! Et en même temps qu'ils encouragent les guerres, ils mènent des actions diplomatiques hypocrites pour stopper les tensions. Mais à l'origine, avant tout, la tension indo-pakistanaise est une conséquence directe de la décolonisation anglaise, et de ce trait dessiné sur la carte pour séparer l'Inde du Pakistan. Toutes les raisons sont là pour que l'Angleterre ou les Etats-Unis interviennent et stoppent ces guerres, tout comme le conflit israëlo-palestinien. Mais la seule raison pour laquelle il voudrait bien le faire serait de mener leur propre guerre, selon leurs propres intérêts : après le 11 septembre, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne voulaient bombarder l'Irak et liquider Saddam Hussein, et cela reste un de leurs objectifs. Si ils mettent fin à la guerre indo-pakistanaise par exemple, ce sera uniquement pour mieux mener la leur.


Quelle a été votre réaction immédiate aux attentats du 11 septembre ?

Dr Das : Notre réaction immédiate ? Je crois que nous étions en studio...
Pandit G : On peut voir que c'est une opportunité pour les Américains d'imposer leur vision des choses au reste du monde. Ils ont donc désigné leurs ennemis, cet "axe du mal", principalement constitué de pays musulmans mise à part la Corée du Nord, ennemis considérés comme "agents du terrorisme mondial" ; mais, bien-sûr, les Etats-Unis sont le plus grand agent du terrorisme mondial. Ils disposent à leur guise des gouvernements des pays pauvres, comme ils l'ont prouvé en Amérique du Sud et en particulier au Venezuela ; et maintenant ils disent aux Palestiniens que celui qui les réprésente depuis 35 ans n'est pas un représentant légitime...
Dr Das : Nous avons de la chance d'avoir ce regard extérieur sur ce que font réellement les Etats-Unis dans le monde, mais une grande partie de leur propre population ignore complètement les conséquences de la politique étrangère du pays. Bien évidemment, les Américains ont été très choqués, émus, et c'est évident : qui souhaiterait une telle attaque ? Personne, nous sommes bien d'accord. Mais, pour nous, même si le nombre de morts est considérable, il a été très difficile de trouver une quelconque compassion pour ces victimes américaines, car nous voyons tout cela avec une perspective globale. Mais les Américains sont maintenus dans une ignorance terrible...
Pandit G : Il y aura un titre qui traitera des conséquences du 11 septembre sur le prochain album : le morceau s'appelle "Enemy of the enemy", qui sera certainement également le titre de l'album.


Concernant ce nouvel album, Deedar ayant quitté le groupe, y'aura-t-il de nouveaux chanteurs ?

Dr Das : Oui, nous aurons beaucoup de voix sur le nouvel album, et pour les concerts, nous sommes accompagnés de deux rappeurs du groupe Invasian, issu de ADFED, que nous empruntons déjà depuis deux ans (rires).

Dr Das et Pandit G

propos recueillis par Heix, PJ et JB à Nantes le 29.06.2002
mise en ligne : 16.09.2002




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